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Classiquesen Ligne

V


INSTITUT IMPÉRIAL DE CALÉDONIE
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SECTION DES BEAUX-ARTS
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COMPTE RENDU ANALYTIQUE DE LA SÉANCE
DU 17 MARS 4876.
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Présidence de M. Duparc.


M le Président. La parole est à M. le rapporteur de la commission chargée d’examiner la statue équestre trouvée dans les ruines de Paris.

M. Legendre, rapporteur. Avant de vous faire connaître les conclusions auxquelles s’est arrêtée la commission, je crois devoir vous exposer sommairement les trois hypothèses qui restaient en présence au moment où elle a prononcé la clôture de ses débats.

Suivant quelques-uns de nos collègues, la statue que vous avez sous les yeux représente une de ces femmes guerrières, connues dans l’antiquité sous le nom d’Amazones.

Mais, répondaient les adversaires de cette opinion, la statue est bardée de fer, tandis que le costume des Amazones consistait presque uniquement en une courte cuirasse. Sous un autre rapport encore la statue est trop complète, car tout le monde sait que les Amazones se faisaient couper la mamelle droite, qui les eût gênées dans le maniement de l’arc. Enfin, aucun des mots écrits à l’intérieur du monument ne saurait leur convenir.

Cette inscription, ajoutaient-ils, doit être notre principal guide, et elle renferme en effet tout ce que nous cherchons. Si l’on rapproche les uns des autres trois passages compris dans les fragments de Thiers, de Michelet et de L. Blanc[9], on ne peut douter que les Français aient été gouvernés pendant quelques années par une femme nommée République. N’est-il pas tout naturel qu’une statue lui ait été élevée, et qu’elle y soit représentée à cheval, revêtue d’une armure et couronnée de lauriers ? Cette seconde opinion ralliait plus de partisans que la première, sans pourtant satisfaire encore la majorité.

En admettant même, objectait-on, la réalité du fait historique, le début de l’inscription indique peut-être seulement que la statue a été érigée sous le règne de cette République, et c’est alors la seconde ligne qui doit nous fournir l’explication du problème.

Minerve, déesse de la guerre, est le plus souvent représentée armée de toutes pièces, le bouclier d’une main et la pique de l’autre. Sans doute, le casque manque : mais n’oublions pas que Minerve disputa la pomme d’or à Junon et à Vénus sur le mont Ida ; les Français, dont la galanterie était passée en proverbe, n’ont pas voulu cacher ce charmant visage sous un casque ; ils ont laissé à découvert la seule beauté qu’ait jamais montrée aux mortels la chaste déesse qui punit les regards indiscrets de Tirésias en le privant de la vue, et qui conserva toujours sa virginité.

Cette troisième hypothèse, basée sur la traduction littérale des deux lignes tracées sans doute par l’artiste lui-même, s’inspire en outre des données scientifiques, historiques et artistiques les plus incontestées ; c’est celle qui a prévalu au sein de la commission.

Elle pense donc que la statue envoyée de Paris représente une Minerve, et qu’elle a été fondue dans la ville d’Orléans, sous le gouvernement de la reine République.

En conséquence, elle exprime le vœu qu’une demande soit adressée à Son Excellence M. le Ministre de l’Instruction publique, sollicitant le don de cette Minerve antique, pour remplacer le buste moderne qui orne la salle de nos séances.

Ces conclusions sont adoptées à l’unanimité.


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À SON EXCELLENCE
MONSIEUR LE MINISTRE
DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE
DES CULTES
ET DES BEAUX-ARTS
À NOUMÉA (CALÉDONIE)