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Classiquesen Ligne

Scène IV


LISETTE, BERTHAUD.
Berthaud.

Est-ce que ?… Qui vient là ?C’est moi.

Lisette.

Est-ce que ?… Qui vient là ?C’est moi.Qui, toi ?

Berthaud.

Est-ce que ?… Qui vient là ?C’est moi.Qui, toi ?Berthaud.

Lisette.

Berthaud ? Que nous veux-tu ?

Berthaud.

Berthaud ? Que nous veux-tu ?Moi ? Rien.

Lisette.

Berthaud ? Que nous veux-tu ?Moi ? Rien.Tu n’es qu’un sot.
On n’entre pas ainsi que l’on ne vous appelle.

Berthaud.

Oh ! mam’selle Louison, comme vous êtes belle !
Comme vous voilà propre et de bonne façon !

Lisette.

Que dis-tu donc, l’ami ? — Je connais ce garçon.

Berthaud.

Quels beaux tire-bouchons vous avez aux oreilles !
Quelle robe ! on dirait d’une ruche d’abeilles.

Lisette.

Tu te nommes, dis-tu ?

Berthaud.

Tu te nommes, dis-tu ?Berthaud. Quel gros chignon !
Et ces souliers tout blancs, ça doit vous coûter bon ;
Pas moins, vous devez bien être un brin empêtrée.

Lisette.

M’as-tu de pied en cap assez considérée ?
 ! mais, c’est toi, Lucas !

Berthaud.

 ! mais, c’est toi, Lucas !Vous me reconnaissez ?

Lisette.

Oui certe ; et d’où viens-tu ?

Berthaud.

Oui certe ; et d’où viens-tu ? Par ma foi, je ne sais.

Lisette.

Bon !

Berthaud.

Bon !Pour venir ici, j’ai pris par tant de rues,
J’en ai l’esprit tout bête et les jambes fourbues.

Lisette.

Assieds-toi.

Berthaud.

Assieds-toi.Que non pas ! je suis bien trop courtois.
Quand j’ai mon habit neuf, jamais je ne m’assois.

Lisette.

Fort bien, cela pourrait gâter ta broderie.
Tu n’es donc plus berger dans notre métairie ?
Mais tu viens du pays ? Comment va-t-on chez nous ?

Berthaud.

Je n’en sais rien non plus ; moi, j’ai fait comme vous.
Oh ! je ne garde plus les vaches ! — Au contraire,
C’est Jean qui les conduit, et Suzon les va traire.
Oh ! ce n’est plus du tout comme de votre temps.
C’est la grande Nanon qui fait de l’herbe aux champs.
Pierrot est sacristain, et Thomas fait la guerre ;
Catherine est nourrice, et Nicole…

Lisette.

Catherine est nourrice, et Nicole…Et mon père ?

Berthaud.

Votre père, pardine ! il ne lui manque rien.

On est sûr, celui-là, qu’il mange et qu’il dort bien.
Ceux qui vivent chez lui n’ont pas la clavelée.

Lisette.

Mais, toi, par quel hasard as-tu pris ta volée ?

Berthaud.

Voyez-vous, quand j’ai vu que vous étiez ici,
Et que votre départ vous avait réussi,
Je me suis dit : Paris, ça n’est pas dans la lune.
J’avais comme un instinct de faire ma fortune,
Et puis je m’ennuyais avec mes animaux ;
Et puis je vous aimais, pour tout dire en trois mots.

Lisette.

Toi, Lucas ?

Berthaud.

Toi, Lucas ? Moi, Lucas. En êtes-vous fâchée ?
Un chien regarde bien…

Lisette.

Un chien regarde bien…Non, non, j’en suis touchée.
Tu te nommes Berthaud ? d’où te vient ce nom-là ?

Berthaud.

C’est mon nom de famille ; à Paris, il faut ça.
Quand on va dans le monde…

Lisette.

Quand on va dans le monde…Et tu vis bien, j’espère ?

Berthaud.

Vingt-six livres par mois, et presque rien à faire.
Quand on a de l’esprit, l’emploi ne manque pas.

Lisette.

Sans doute ; et ton chemin s’est donc fait à grands pas ?

Berthaud.

Je crois bien, je suis clerc.

Lisette.

Je crois bien, je suis clerc.Ah ! ah ! chez un notaire ?

Berthaud.

Non.

Lisette.

Non.Chez un procureur ?

Berthaud.

Non.Chez un procureur ? Chez un apothicaire.

Lisette.

Peste ! voilà de quoi mettre en jeu tes talents.
Eh bien ! monsieur Berthaud, que voulez-vous céans ?

Berthaud.

Ah ! dame ! en arrivant, j’avais bien une idée ;
J’ai l’imaginative un tant soit peu bridée :
Je ne m’attendais pas à tous vos affiquets.
Jarni ! vos jupons courts étaient bien plus coquets ;
Vous étiez bien plus leste, et bien plus féminine.
On ne vous voit plus rien, qu’un peu dans la poitrine.
Pourtant, malgré vos nœuds et vos mignons souliers,
Je vous épouserais encor, si vous vouliez.

Lisette.

Toi ?

Berthaud.

Toi ? Mon père est fermier, pas si gros que le vôtre ;
Mais enfin, dans ce monde, on vit l’un portant l’autre.

Lisette.

Tu crois donc que ma main serait digne de toi ?

Berthaud.

Dame ! si vous vouliez, il ne tiendrait qu’à moi.
Écoutez, puisqu’enfin la parole est lâchée,
Et puisqu’à votre avis vous n’êtes point fâchée.
Vous êtes bien gentille, on le sait, on voit clair ;
Mais, moi, je ne suis pas si laid que j’en ai l’air.
Si la grosse Margot n’était point tant fautive,
J’en aurais vu le tour, oui, sans crier qui vive,
Et dans la rue aux Ours, où je loge à présent,
On ne remarque pas que je sois déplaisant.
Je sais signer moi-même, et je lis dans des livres.
Je viens de vous conter que j’avais vingt-six livres,
Mais il est des secrets qu’on peut vous confier ;
Mon maître, au jour de l’an, va me gratifier.
C’est déjà quelque chose. À présent, autre idée :
Ma tante Labalue est presque décédée.
Elle a dans ses tiroirs, qu’il soit dit entre nous,
Pour plus de cent écus en joyaux et bijoux.
On ne sait pas les grains qu’elle amassait chez elle,
Ni les hardes qu’elle a sans compter sa vaisselle.
Elle a mis trois quarts d’heure à faire un testament,
Et j’hérite de tout universellement.
Ça commence à sourire. Encore une autre histoire :

Thomas donc est soldat, embarqué pour la gloire.
Moi, j’aurais à sa place épousé Jeanneton ;
Mais il ne lui faudrait qu’un coup de mousqueton.
C’est mon cousin germain ; que le ciel le protège !
Ce métier-là, toujours, n’est pas blanc comme neige.
Vous voyez que je suis un assez bon parti ;
Nous pourrions faire un couple un peu bien assorti.
Contre la pharmacie avez-vous à reprendre ?
On n’est point obligé d’y goûter pour en vendre.
Mon pourparler vous semble un peu risible et sot ;
Vous avez l’esprit riche et vous visez de haut,
Mais, voyez-vous, le tout est d’être ou de paraître.
Vous portez du clinquant, mais c’est à votre maître.
Que l’on vous remercie, il ne vous reste rien ;
Moi je n’ai qu’un habit, d’accord, mais c’est le mien.
J’ai lu dans les écrits de monsieur de Voltaire
Que les mortels entre eux sont égaux sur la terre.
Sur ce proverbe-là j’ai beaucoup médité,
Et j’ai vu de mes yeux que c’est la vérité.
Il ne faut mépriser personne dans la vie,
Car tout le monde peut mettre à la loterie.
Ce grand homme l’a dit, c’est son opinion,
Et c’est pourquoi, jarni ! j’ai de l’ambition.

Lisette.

Je t’écoute, Lucas ; ta rhétorique est forte.
Changeras-tu d’avis ?

Berthaud.

Changeras-tu d’avis ? Non, le diable m’emporte.

Lisette.

Eh bien ! reste à l’hôtel, et ne t’éloigne pas.
Observe monseigneur, et suis bien tous ses pas.

Berthaud.

Oui.

Lisette.

OuiSi tu le vois seul, mets-toi sur son passage.

Berthaud.

Bien !

Lisette.

Bien ! Dis-lui tes projets pour notre mariage !

Berthaud.

Bon !

Lisette.

Bon ! Dis-lui que c’est moi qui le prie instamment
D’y prêter sa faveur et son consentement.

Berthaud.

Mais vous consentez donc ?

Lisette.

Mais vous consentez donc ? Sans doute. — Le temps presse ;
Va-t’en.

Berthaud.

Va-t’en.Vous consentez ?

Lisette.

Va-t’en.Vous consentez ?On vient, c’est la duchesse.
Dépêche, hors d’ici.

Berthaud.

Dépêche, hors d’ici.Vous consentez, Louison !

Lisette.

Va, ne bavarde pas surtout dans la maison.