Maître du monde (1904), dernier roman du cycle des Voyages extraordinaires consacré au personnage de Robur déjà rencontré dans Robur-le-conquérant, met en scène le retour de cet inventeur de génie devenu véritablement mégalomane, désormais résolu à terroriser les États-Unis tout entiers à bord d'un engin extraordinaire baptisé l'Épouvante, capable de rouler sur terre, de naviguer sur mer, de plonger sous l'eau et de voler dans les airs, prodige technique qui rend son possesseur littéralement insaisissable pour toutes les polices et les armées du monde. Le récit est raconté à la première personne par l'inspecteur Strock, chargé par les autorités américaines d'élucider la série de phénomènes mystérieux et de disparitions inexpliquées liés à cet engin fantôme, enquête qui le conduit dans une course-poursuite haletante à travers les montagnes des Appalaches, l'océan Atlantique et le ciel américain, sans jamais parvenir à capturer ce Robur devenu obsédé par l'idée démesurée de dominer le monde entier grâce à sa supériorité technologique absolue. Verne y développe, dans cette œuvre tardive de sa carrière, une réflexion assombrie et nettement plus pessimiste que dans ses romans de jeunesse sur les dangers du progrès technique livré à l'ambition démesurée d'un seul homme, Robur incarnant désormais une dérive inquiétante du savant inventeur, jadis simplement excentrique, vers une véritable figure de tyran technologique annonçant certains archétypes de la science-fiction du XXe siècle. Le roman s'achève sur la destruction de l'Épouvante lors d'une tempête, mettant un terme définitif aux ambitions démesurées de Robur et à la menace qu'il faisait peser sur le monde entier. Par sa vision assombrie du progrès technique et son personnage de savant devenu tyran, Maître du monde marque une inflexion notable et prophétique dans l'œuvre tardive de Jules Verne. Ce roman referme ainsi, sur une note nettement plus sombre que ses débuts, le dernier grand cycle romanesque écrit par Verne avant sa mort en 1905.