À Genève, toutes les horloges fabriquées par le vieil horloger Zacharius se dérèglent d'un coup, comme si leur mécanisme perdait son âme en même temps que lui. Désespéré, il tente de conclure un pacte avec une incarnation du Temps pour sauver son œuvre — jusqu'à mourir lorsque l'horloge qui semblait le maintenir en vie se brise. Cette nouvelle fantastique de jeunesse de Jules Verne, réécriture à peine voilée du mythe de Faust, interroge déjà la place de la science et de l'orgueil humain face au temps qui passe. Publiée en 1854 dans le Musée des familles avant d'être reprise dans le recueil Docteur Ox, cette nouvelle de jeunesse, l'une des toutes premières publications de Verne bien avant le lancement du cycle des Voyages extraordinaires, témoigne d'une veine fantastique et philosophique qu'il abandonnera presque totalement par la suite au profit du roman d'anticipation scientifique qui fera sa gloire. Cette nouvelle, l'une des rares incursions de Verne dans le registre ouvertement fantastique, témoigne de l'influence des contes d'Hoffmann et du Frankenstein de Mary Shelley sur ses lectures de jeunesse, avant que sa carrière ne bascule presque entièrement vers le roman d'anticipation scientifique documenté qui fera sa renommée mondiale. Le personnage de Zacharius, horloger convaincu d'avoir insufflé une part de son âme à chacune de ses créations mécaniques, interroge déjà, bien avant les grands romans techniques de la maturité vernienne, les rapports ambigus entre l'homme, sa création et l'orgueil démesuré de la maîtrise scientifique. Ce texte de jeunesse, aujourd'hui redécouvert par les amateurs de littérature fantastique, offre un éclairage précieux sur les influences littéraires qui ont façonné le jeune Verne avant qu'il ne trouve, quelques années plus tard, la formule si personnelle des Voyages extraordinaires. Sa brièveté n'enlève rien à la densité philosophique du propos sur l'orgueil créateur. Ce conte fantastique mérite une redécouverte auprès des lecteurs contemporains.