Mathias Sandorf (1885) raconte la vengeance patiente du comte hongrois Mathias Sandorf, noble révolutionnaire emprisonné et trahi par trois de ses complices lors d'un complot manqué contre l'occupant autrichien, qui parvient à s'évader de sa prison dans des conditions rocambolesques et à faire croire à sa propre mort, avant de consacrer quinze années entières à préparer méthodiquement sa vengeance contre ceux qui l'ont livré aux autorités. Devenu immensément riche grâce à un trésor découvert entre-temps, Sandorf reparaît sous une fausse identité pour traquer un à un ses anciens traîtres à travers toute la Méditerranée, de Trieste à Malte en passant par la Sicile, tout en veillant secrètement, en bienfaiteur caché, sur les familles innocentes de ses anciens compagnons de complot restés fidèles jusqu'au bout. Verne, qui dédie ce roman à la mémoire d'Alexandre Dumas dont il reconnaît explicitement s'inspirer du modèle du Comte de Monte-Cristo, y déploie une intrigue de vengeance et de rédemption d'une ampleur romanesque inhabituelle dans son œuvre, davantage centrée sur les passions humaines et la justice personnelle que sur l'anticipation scientifique qui caractérise habituellement ses Voyages extraordinaires. Considéré par Verne lui-même comme l'un de ses romans les plus aboutis sur le plan strictement romanesque, Mathias Sandorf illustre une facette plus centrée sur l'intrigue et la psychologie de la vengeance dans son immense production. L'édition Hetzel originale de 1885 est illustrée de cent onze dessins de Léon Benett, gravés par Charles Barbant, et le roman inaugure la pratique de Verne consistant à faire dédicacer ouvertement l'un de ses livres à un modèle littéraire revendiqué. Le roman doit une partie de sa notoriété à sa genèse particulière : Verne y avait d'abord songé comme sujet de jeu de société avant de le développer en un roman complet, seule occurrence de ce processus créatif dans l'ensemble des Voyages extraordinaires.