Micromégas (1752) est l'un des tout premiers récits de fiction à mettre en scène des extraterrestres dans la littérature française, racontant le voyage à travers l'univers d'un géant originaire de l'étoile Sirius, Micromégas, dont la taille colossale rapportée à celle des humains permet à Voltaire de développer une réflexion philosophique vertigineuse sur la relativité de toute grandeur et de toute prétention humaine face à l'immensité cosmique. Accompagné d'un habitant de Saturne, nettement moins grand que lui mais tout aussi disproportionné par rapport à l'échelle terrestre, Micromégas fait escale sur la Terre où les deux voyageurs cosmiques, dont la taille les empêche presque de percevoir les humains, finissent par découvrir avec stupéfaction, à l'aide d'un microscope de fortune, l'existence de ces minuscules créatures que sont les hommes, occupés à se faire la guerre pour des motifs qui paraissent dérisoires vus depuis une perspective aussi vertigineusement élargie. Voltaire y déploie avec un esprit satirique redoutable une critique de l'anthropocentrisme et de la vanité des systèmes philosophiques humains prétendant tout expliquer de l'univers, tout en s'appuyant sur les découvertes astronomiques récentes de son époque, de Newton à la théorie de la relativité des distances cosmiques encore balbutiante. Ce conte visionnaire, souvent considéré comme l'un des textes fondateurs de la science-fiction avant l'heure, illustre magistralement la méthode voltairienne consistant à user du dépaysement extrême pour mieux éclairer les travers de la condition humaine. Voltaire y intègre ses lectures des théories de Newton et de Fontenelle sur la pluralité des mondes habités, débat scientifique alors en pleine effervescence dans les cercles savants européens du XVIIIe siècle. Bien que publié après Zadig, certains manuscrits suggèrent que Voltaire en avait ébauché une première version dès les années 1730, ce qui en ferait l'une de ses toutes premières incursions dans le conte philosophique. Le titre lui-même, composé des racines grecques désignant à la fois le petit et le grand, résume à lui seul le principe de relativité des échelles qui structure tout le conte.