On ne badine pas avec l'amour (1834) raconte l'histoire de Perdican et Camille, cousins destinés l'un à l'autre depuis l'enfance par la volonté de leurs familles, qui se retrouvent après plusieurs années de séparation, Camille revenant tout juste du couvent où elle a été éduquée dans une méfiance profonde envers les hommes et l'amour, tandis que Perdican, blessé dans son orgueil par la froideur apparente de sa cousine, entreprend par dépit de séduire ostensiblement la jeune paysanne Rosette pour rendre Camille jalouse, jeu cruel et dangereux qui va precipiter un dénouement tragique et irréversible. Musset y déploie tout son art du marivaudage tragique, mêlant les échanges spirituels et légers typiques de la comédie de l'amour à une gravité croissante à mesure que le jeu de dépit mutuel entre les deux cousins, chacun refusant par orgueil de reconnaître le premier ses sentiments sincères envers l'autre, entraîne des conséquences de plus en plus destructrices pour l'innocente Rosette, victime collatérale de cette joute amoureuse entre deux êtres qui s'aiment en réalité profondément sans jamais parvenir à se l'avouer à temps. La pièce, conçue selon le principe du « théâtre dans un fauteuil » cher à Musset et destinée initialement à la seule lecture plutôt qu'à la représentation scénique, ne sera véritablement montée au théâtre que des décennies après sa rédaction, où elle rencontrera enfin le succès immense que son texte méritait depuis toujours. Par la profondeur psychologique de ses personnages et l'équilibre unique qu'elle atteint entre légèreté comique et tragédie du cœur, cette pièce demeure l'un des chefs-d'œuvre absolus du théâtre romantique français. Cette pièce appartient au cycle des comédies-proverbes de Musset, genre théâtral bref illustrant un dicton populaire par l'intrigue elle-même, ici l'adage qui donne son titre à l'œuvre et qu'elle démontre par la tragédie plutôt que par la seule leçon morale légère qu'annonçait le genre.