P'tit-Bonhomme (1893) raconte l'enfance misérable puis l'ascension méritée d'un jeune orphelin irlandais surnommé P'tit-Bonhomme, ballotté dès son plus jeune âge de maîtres cruels en institutions charitables défaillantes dans l'Irlande rurale du XIXe siècle, avant de trouver enfin, grâce à son intelligence naturelle, son honnêteté et son courage inébranlable face à l'adversité, la voie d'une réussite sociale méritée qui le mène du dénuement le plus total à une position de fortune et de respectabilité. Verne y dresse un tableau social minutieux et engagé de la misère rurale irlandaise et des injustices sociales de son temps, dénonçant au passage l'exploitation des enfants pauvres, l'indifférence des puissants et les carences des institutions censées protéger l'enfance abandonnée, dans un roman plus proche par sa tonalité sociale du naturalisme de Zola que des habituelles aventures scientifiques du cycle vernien. Le parcours de P'tit-Bonhomme, de la survie dans un cirque itinérant jusqu'à la réussite dans les affaires industrielles, illustre la conviction optimiste de Verne selon laquelle le mérite personnel, l'instruction et la persévérance permettent de surmonter les origines les plus défavorisées, thème cher à la littérature édifiante de la collection Hetzel destinée à la jeunesse. Ce roman de formation sociale, plus rare dans l'œuvre de Verne par son absence totale d'anticipation scientifique, témoigne de sa préoccupation constante pour la justice sociale et l'éducation populaire. Prépublié dans le Magasin d'éducation et de récréation tout au long de l'année 1893 avant sa parution en volume chez Hetzel, le roman s'inspire du contexte social réel de l'Irlande rurale de la fin du XIXe siècle, marquée par la misère paysanne et l'émigration massive consécutive aux grandes famines du milieu du siècle, contexte historique que Verne documente avec un sérieux inhabituel pour un roman destiné à la jeunesse. Ce roman, par sa dimension résolument sociale et sa quasi-absence d'anticipation technologique, occupe une place à part dans le cycle des Voyages extraordinaires, plus proche par certains aspects du roman social de son époque que des grandes aventures scientifiques qui ont fait la réputation de Verne.