Poèmes antiques (1852), premier grand recueil de Leconte de Lisle, chef de file reconnu du mouvement parnassien qui prône, en réaction délibérée contre l'effusion lyrique jugée excessive et trop personnelle du romantisme dominant, un idéal de poésie impersonnelle et objective fondée sur la perfection formelle et l'érudition savante plutôt que sur l'expression directe des sentiments intimes du poète, développe cette esthétique à travers une évocation savante et grandiose des civilisations antiques grecque et indienne, dont Leconte de Lisle possède une érudition philologique et mythologique exceptionnelle acquise durant ses études approfondies. Leconte de Lisle y déploie une poésie d'une facture classique et d'une érudition remarquables, cherchant systématiquement à restituer avec une précision quasi archéologique la grandeur et l'étrangeté des civilisations antiques disparues plutôt qu'à y projeter ses propres états d'âme personnels selon la méthode romantique qu'il récuse explicitement, dans des poèmes d'une facture impeccable et d'un classicisme formel revendiqué qui installent durablement son autorité et son influence sur toute la jeune génération poétique parnassienne, notamment Heredia qui se réclame directement de son magistère. Ce recueil fondateur de l'esthétique parnassienne, qui privilégie systématiquement la forme fixe rigoureuse et l'érudition savante contre l'épanchement personnel jugé impudique et esthétiquement inférieur, exerce une influence considérable sur toute la poésie française de la seconde moitié du XIXe siècle, en réaction directe contre l'hégémonie du lyrisme romantique alors dominant depuis plusieurs décennies. Par la perfection formelle et l'érudition antique de sa poésie, ce recueil demeure fondateur pour tout le mouvement parnassien français.