Les Poésies mêlées rassemblent, dans les éditions successives des œuvres complètes de Voltaire établies après sa mort, notamment celle des éditeurs de Kehl qui prennent soin d'écarter les pièces douteuses pour ne conserver que celles portant authentiquement la marque de son esprit, un ensemble disparate de satires, d'épîtres, de stances et de courtes pièces occasionnelles composées tout au long de sa très longue carrière littéraire, aux côtés de vers latins et anglais et de diverses traductions et imitations. Ce recueil composite, distinct des grands contes philosophiques et des tragédies qui ont assuré la postérité de Voltaire, témoigne néanmoins de la virtuosité et de la présence constante du poète mondain et satirique qu'il n'a jamais cessé d'être en marge de ses œuvres les plus ambitieuses, capable de manier avec la même aisance l'épigramme cinglante contre un adversaire, l'hommage galant à une protectrice ou la méditation philosophique brève sur la condition humaine. Ces poésies occasionnelles, souvent nées de circonstances précises de sa vie mondaine et intellectuelle à la cour, chez ses protecteurs ou dans son exil final à Ferney, offrent un contrepoint plus léger et plus personnel à l'image du grand philosophe engagé que retient généralement la postérité. Bien que moins étudiées aujourd'hui que ses contes ou ses écrits polémiques les plus célèbres, ces Poésies mêlées demeurent un témoignage précieux sur la facette la plus mondaine et la plus spontanément spirituelle du génie voltairien, celle d'un homme de lettres constamment sollicité par son époque et toujours prompt à y répondre en vers. Cette diversité de tons et de registres, de la satire mordante à l'hommage galant en passant par la méditation philosophique brève, illustre la polyvalence rare d'un auteur capable de conjuguer, au sein d'une même existence, l'ambition des grandes œuvres philosophiques et le plaisir immédiat de la pièce de circonstance destinée à un cercle restreint de connaisseurs et d'amis.