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Classiquesen Ligne

Scène XII.

ARMAND, ADOLPHE.
Adolphe, surpris.

Eh bien, où est-elle ?

Armand, exaspéré.

Est-ce que je sais ?

Adolphe.

Tu n’as rien dit !

Armand.

Que veux-tu qu’on dise à une enfant gâtée qui n’a pas même appris à la pension à rester deux minutes tranquille sur sa chaise.

Adolphe.

Quoi, pendant que tu la tenais là…

Armand.

Oh ! ne t’en mêle pas, par exemple !…

Adolphe.

Tout est à recommencer !… Mais voyons, ne vous ai-je pas laissés dans cette position : elle acculée ici, et toi faisant le blocus à cet endroit même ? L’assiégée ne pouvait tenter de s’échapper sans passer sous ton feu, sans te marcher sur le corps… et tu as encore perdu cet avantage !…

Armand, qui a fait des gestes d’impatience aux premiers mots, s’est laisse tomber avec accablement sur un siège.

Mais que diable, on n’enchaîne pas les gens de force pour leur demander leur main ! Non, Adolphe, c’est inutile. Cette fois j’ai la certitude d’avoir été parfaitement compris.

Adolphe.

Erreur ! triple erreur !…

Armand.

Ne m’interromps pas. Écoute. Quand je suis entré, il y a un instant, je venais te dire que je suis entièrement à ta disposition pour notre voyage. Je venais même te supplier, de partir aujourd’hui.

Adolphe.

Au diable le voyage ! Je n’ai jamais eu l’intention de voyager. J’ai horreur de cela moi, les colis, les sleeping cars, le mal de mer !

Armand.

Comment, tu n’avais pas l’intention.

Adolphe.

Jamais de la vie ! J’avais imaginé cela pour t’envoyer ici faire ta paix et ta cour. C’était si simple, si facile et si… inévitable, enfin !

Armand.

Eh bien ! tant pis, je partirai seul. Il n’est pas trop tard. (Regardant sa montre.) J’ai une heure pour aller prendre le train de New-York.

Adolphe.

Et tu vas rejoindre le transatlantique.

Armand.

Oui. Tu comprends que je ne puis pas rester. Tant que j’ai eu cet espoir…

Adolphe, soucieux.

Oui, oui…

Armand, ému.

Mais, maintenant…

Adolphe, de même.

Oui, maintenant…

Armand.

Ce serait intolérable !… Tu lui diras, n’est-ce pas, que j’aurais voulu lui faire mes adieux… mais que je souffrais trop… Tu pourras ajouter que je ne lui en veux pas.

Adolphe, de mauvaise humeur.

Oh ! je connais le boniment.

Armand, lui tendant les mains.

Allons, adieu, mon vieux, je n’ai que le temps de faire ma malle. Je te remercie de tout ce que tu as fait… de tout ce que tu as voulu faire pour mon bonheur.

Adolphe, éclatant.

Il s’agit bien de toi, sacrebleu !… Ton bonheur ah bien oui ! je me fie à toi pour cela !… mais c’est que tu étais un bon parti, animal !… bien élevé, beau garçon, riche et délicat avec les femmes !…

Armand, avec un sourire navré.

Quel malheur que tu sois seul à le penser. Allons, adieu. Elle peut revenir et je ne veux pas la revoir. Mon Dieu, c’est elle, laisse-moi !…

Adolphe, le retenant par la main et lui désignant un écran.

Attends. Mets-toi là.

Armand.

Mais !…

Adolphe.

Dis donc. Veux-tu te marier, oui ou non ?

Armand.

Si, quoi ?…

Adolphe, le poussant derrière l’écran.

En avant, marche !… nous bavarderons plus tard.