RENCONTRE DE CHIENS
Un affreux roquet, de mine sale et commune, aux prises avec les inéluctables exigences de son animalité, avait, pour y satisfaire, choisi le centre d’une place, les abords les plus en vue d’un kiosque à musique ; les chiens, nul n’en ignore, se complaisent à faire pompeusement ces choses, qui leur semblent de tout premier ordre, et ils s’y intéressent passionnément entre eux.
Mais, par suite d’on ne sait quel incident pathologique, l’acte commencé ne s’achevait point. Et il restait là, cet imbécile, au beau milieu de cette place, dans sa pose à la fois gênée et pontifiante, attendant la suite de l’inspiration, les yeux levés au ciel !…
Un autre chien, de plus grosse taille, passait bon train dans une rue voisine, comme se rendant à quelque urgente affaire ; il aperçut le premier, et, soudainement captivé par la situation, changea de route, s’approcha de lui avec hâte et importance, examina en connaisseur, du flair autant que du regard, ce cas insoluble ; puis, dédaigneux à la réflexion, avec un air de dire : « L’intérêt languit et demeure vraiment trop en suspens ! » leva la patte contre son camarade, l’arrosa rapidement et reprit sa course, avec la même dignité, de l’allure de quelqu’un qui a conscience d’avoir accompli un grave devoir social.
Je n’ai pas la prétention que cette petite histoire soit inattaquable au point de vue de l’élégance de l’intrigue ; mais je la trouve tout à fait chien, tout à fait cela. Elle est même d’une haute psychologie, parce que, malgré sa simplicité d’action, elle suffit à mettre en lumière les deux traits principaux de l’âme canine : une importance bouffonne jointe à des goûts d’une irrémédiable bassesse.