III.
Résumé des faits relatifs à l’action de l’Éther et du Chloroforme sur la sécrétion urinaire.
Pendant la période d’excitation musculaire déterminée par l’éther ou par le chloroforme, et sous l’influence du cathétérisme pratiqué durant cette période, l’émission de l’urine a eu lieu en jet, par suite de contractions musculaires. Pendant la période de collapsus, ce fait ne s’est pas manifesté.
La sécrétion de l’urine a été fréquemment ralentie et diminuée à la suite de l’anésthésiation.
Après l’emploi des agents anésthésiques, le liquide urinaire n’a point offert d’apparence anormale, sous le rapport de sa coloration, de sa limpidité et de son odeur. Les propriétés de ce liquide ont été modifiées ultérieurement, par la fièvre consécutive aux opérations, sur les sujets anésthésiés comme chez ceux qui n’ont point subi l’action de l’éther ou du chloroforme.
Bien que l’éthérisation simule sur le système nerveux de l’homme certains effets semblables à ceux qui ont été constatés après des vivisections pratiquées sur les animaux, on ne peut, sous le rapport de la sécrétion urinaire comparer entièrement l’action de l’éther et du chloroforme sur la moelle allongée de l’homme à l’excitation produite sur celle des animaux, à l’aide du scalpel, au niveau des nerfs pneumogastriques. L’action des anésthésiques est très-variable à raison même du mode de son action.
D’après six observations il est évident que dans certains cas, après l’éthérisation, tantôt l’urine a contenu de la glucose, tantôt au contraire n’en a renfermé aucune trace. Ces différences dans les résultats observés dans la sécrétion urinaire ont, ce nous semble, une explication fort simple. L’analogie entre l’anesthésiation et l’irritation mécanique tentée sur les animaux ne paraît, en effet, devoir exister qu’autant que l’agent anésthésique développe une véritable excitation du système nerveux traduite par une excitation générale et par celle du système musculaire en particulier. Cette analogie n’a, au contraire, aucune raison de se produire lorsque la rapidité d’action de l’agent anésthésique a été telle que la période d’excitation ne s’est pas manifestée. Or, ce dernier résultat est fréquent dans la pratique chirurgicale et parfois on cherche avec soin à l’obtenir. Dans un grand nombre de cas, la rapide sidération du système nerveux a lieu comme l’on sait, en raison même de l’état de ce système chez certains sujets.
L’observation à la clinique de Nancy parait donner raison à cette manière de voir. Là, en effet, où le sucre a été rencontré d’une manière notable, l’excitation musculaire a été extrême avant la période de collapsus ; là où les traces du sucre ont été si faibles qu’il y a eu doute sur sa production, on trouve dans les observations une excitation musculaire fort médiocre, et enfin nulle trace de glucose n’existe dans les cas où le système nerveux a été sidéré très-rapidement.
Pendant que mon attention se fixait d’une manière spéciale sur la recherche du sucre dans l’urine des sujets anésthésiés, le hasard a amené à la salle d’opérations un assez grand nombre d’individus atteints d’affection cancéreuse, et l’on pourrait objecter que la glucose qui, dans ces cas de maladie spéciale, a été observée en dehors des faits d’anésthésiation, ne fût point le résultat de l’action de l’agent anésthésique. Cette objection peut être réfutée ; des analyses de l’urine furent faites sur les sujets opérés, avant et après les anésthésiations, et tel sujet qui n’offrait pas de sucre avant l’emploi du chloroforme en offrit après en avoir usé. Mais ce qui est plus important à noter est la différence qui exista sur un même sujet cancereux deux fois anésthésié et opéré, dans un temps assez court ; la première fois, du sucre fut rencontré après l’anésthésiation, et la deuxième fois ce résultat n’eut pas lieu. (En 1856.)