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Classiquesen Ligne

IV.

Résumé des faits relatifs à l’action de l’Éther et du Chloroforme sur l’état de la peau envisagée sous les rapports de sa coloration, de sa chaleur et de ses sécrétions ; sur la chaleur générale.

L’emploi des agents anesthésiques motive des modifications de la coloration de la peau, de ses sécrétions et de la chaleur générale.

La coloration de la peau et surtout celle du visage, la sensation d’accroissement de la chaleur générale, la production d’une sueur chaude, sont des symptômes qui doivent être rattachés à une période d’excitation produite par les agents anésthésiques, et qui se révèle à la suite de l’emploi de l’éther et du chloroforme en inhalation et de l’emploi de l’éther per anum, comme on l’observe dans l’intelligence, dans les appareils de la circulation de la respiration, dans l’appareil musculaire.

Mais le mode d’emploi de l’agent anésthésique est susceptible d’accroître d’une manière très-notable le symptôme dont il s’agit. Son intensité a été moindre, en effet, lorsque le chloroforme a été inhalé sans l’aide d’appareil ; l’intensité du symptôme a été accrue lorsque le même agent a été employé, au contraire, à l’aide d’appareil. Enfin lors de l’emploi de l’éther toujours mis en usage à l’aide de divers appareils, ce symptôme a eu sa plus grande intensité lorsque les appareils ont été défectueux.

Avec l’appareil à deux tubulures la rougeur de la figure n’a pas été poussée à ses dernières limites, parce que la volonté du malade étant indispensable pour l’inhalation, cette volonté a été suspendue par le fait même de la suppression de l’intelligence, tandis qu’avec les appareils maintenus par force devant la bouche des sujets éthérisés, les difficultés de la respiration ont été parfois extrêmes pour ces sujets. Il faut se souvenir que les narines étaient fermées, à l’aide d’une pince, dans le temps où les appareils à inhalation étaient mis en usage.

Ces phénomènes de rougeur et de chaleur de la peau coïncident, surtout, avec l’accélération du pouls et de la respiration. Cette production de chaleur ne dépasse pas les conditions physiologiques et ne rappelle en rien les accidents produits sur les animaux plongés dans des températures élevées. Ces derniers, en effet, éprouvent une décomposition du sang, et une facilité d’extravasation que rien ne rappelle dans l’éthérisation après laquelle le caillot sanguin se forme normalement.

Les durées des tentatives d’anésthésiation qui ont précédé l’apparition des symptômes d’excitation de la peau traduite par la chaleur, la rougeur et la sueur chaude ont varié extrêmement, en raison surtout du mode d’éthérisation, et ont été de 3′ à 27′ pour les inhalations d’éther, de 11′ pour l’emploi de cet agent per anum, de 4′ à 10′ pour le chloroforme inhalé à l’aide d’appareils, et de 20′ pour le chloroforme inhalé sans l’aide de ces appareils.

La pâleur de la peau, celle du visage surtout, son refroidissement, la production d’une sueur froide et gluante, la décoloration de la langue, ont été observés dans la période de l’éthérisme pendant lequel les divers systèmes ont éprouvé un collapsus plus ou moins profond.

Ces symptômes sont distincts de la pâleur et du froid qui interviennent, assez fréquemment, au moment où l’anésthésiation va être mise en usage et qui sont l’indice d’une émotion morale.

Il faut aussi les distinguer de la pâleur et de la sueur qui précèdent le vomissement dû à la plénitude de l’estomac, pendant l’emploi des agents anesthésiques.

Les symptômes dont il est ici question et qui reconnaissent pour cause l’action des agents anésthésiques, ont été observés soit pendant ou après l’inhalation de l’éther à l’aide d’appareils, soit après l’emploi de cet agent per anum, soit après l’usage du chloroforme inhalé à l’aide d’appareils ou sans leur emploi.

Parfois la pâleur s’est manifestée sans que la transpiration cutanée et sans que la chaleur de la peau aient paru modifiées ; tantôt au contraire et plus fréquemment ces deux dernières modifications ont ajouté au tableau de l’éthérisme profond une teinte qui éveille l’inquiétude de l’observateur le moins exercé.

La température du corps s’abaisse, parfois, d’une manière très-notable au début et pendant la période de collapsus. Les extrémités éprouvent avant le tronc l’abaissement de la température que l’on peut toujours facilement constater au visage.

Lorsque la respiration et la circulation offrent la période que j’ai nommée période de transition, commencement en réalité du collapsus, et surtout pendant le collapsus bien visible de ces fonctions, lorsque surtout la respiration est fort ralentie, la peau se couvre d’une sueur parfois abondante, froide, gluante et rappelant la sueur de l’agonie.

Cette transpiration spéciale complète le tableau de l’éthérisme le plus profond compatible, encore, avec la vie.

Ces symptômes de pâleur, de décolorisation et de sueur froide apparaissent après des durées variables d’anésthésiation qui ont été notées de 15″ à 30′ pour l’éther employé en inhalation ; de 19′ pour l’emploi de l’éther per anum ; de 3′ ½ à 13′ pour l’emploi du chloroforme avec ou sans appareils.

Ces durées pour les symptômes dont il s’agit témoignent, comme les éthérismes des divers appareils l’indiquent d’ailleurs, le degré de résistance de l’organisme contre les agents toxiques.

Parfois ces symptômes sont apparus seulement après les anésthésiations, et ont montré pour l’éthérisme dont il est ici question la loi déjà démontrée pour les autres appareils, celle de l’accroissement de l’éthérisme après la cessation de l’anésthésiation, et la durée de cet éthérisme et son accroissement ont eu pour cause accessoire l’hémorragie qui résulte des opérations pratiquées. Si dans ces cas le pouls est insensible, et la respiration très-rare, l’on ne peut conserver aucun doute sur l’extrême danger couru par le sujet anésthésié.

La pâleur de la figure subsiste, quelquefois, pendant plusieurs heures ; mais la coloration normale se montre en général beaucoup plutôt, et nous l’avons vu reparaître moins de 10′ après l’anésthésiation.