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VIII

Résumé des recherches relatives à l’action de l’Éther et du Chloroforme sur les faits principaux qui suivent les grandes opérations.

Les conclusions tirées de l’examen des faits principaux qui, au point de vue chirurgical, suivent les grandes opérations, sont les suivantes :

La suspension de la douleur par l’anésthésiation, pendant les opérations, n’est point un motif d’accroissement des douleurs qui les suivent et qui, en général, sont très-faciles à supporter.

Lorsque les sujets soumis à l’action de l’éther ou du chloroforme n’ont point été privés de la sensibilité pendant les opérations graves, le frisson qui les suit d’habitude apparaît comme dans les cas où l’anésthésiation n’a point été pratiquée.

Lorsqu’au contraire l’anésthésie a été obtenue, le frisson n’apparaît point. Une seule exception à cette règle a été observée sur dix-neuf cas de grandes opérations.

Parfois bien que l’anésthésie ait été obtenue pendant une partie de la durée d’une opération, la douleur qui a précédé ou suivi cette anésthésie momentanée replace le sujet opéré dans la condition de ceux qui n’ont point été soumis à l’action des agents anésthésiques et le frisson apparaît à la suite de ces opérations.

L’action de l’éther ou du chloroforme ne peut être invoquée pour expliquer les hémorragies qui suivent parfois les opérations, et qui sont, le plus souvent, expliquées par des causes locales.

L’anésthésiation n’apporte aucune influence sur l’époque de la suppuration, sur la nature du fluide sécrété, sur l’époque de la chute des ligatures, sur le mode de cicatrisation et sur le moment de la guérison définitive. Sous le rapport de certains accidents, érysipèle, fusées purulentes, pourriture d’hôpital, suppuration bleue, tétanos, nécrose, il n’existe pas de différence entre les faits qui suivent l’anesthésie complète et ceux qui ont été constatés en dehors de l’action des agents anésthésiques.

Les différences observées relativement aux faits qui sont indiqués dans les deux dernières conclusions trouvent leur explication dans la constitution, l’état inflammatoire des parties opérées, l’état de force ou de débilité motivé par l’hémorragie, l’insomnie, la douleur et certains faits trouvent, également, leur explication dans la topographie des salles qui contiennent les opérés.

En un mot, l’on ne peut reconnaître dans les suites des opérations la persistance de l’action de l’éther ou du chloroforme.

Des faits toujours heureux qui me sont propres, étudiés sans relâche, depuis plus de 17 années, à la clinique chirurgicale de Nancy, et qui dépassent, aujourd’hui, le chiffre de plusieurs centaines, il semble que l’on pourrait conclure, ainsi que l’ont fait plusieurs chirurgiens, que l’éther et le chloroforme employés au point de vue de l’anésthésie ne sont point des agents dangereux, pour l’homme, lorsqu’ils sont administrés convenablement, c’est-à-dire avec la connaissance des lois physiologiques et pathologiques. Telle n’est pas mon opinion, cependant, et un certain nombre de faits publiés, soit en France, soit à l’étranger, me font penser que l’anésthésiation dans quelques cas fait courir à certains sujets un danger de mort immédiate.

Ces cas sont bien rares, si on les met en regard des innombrables faits d’anésthésiation heureuse, et le résultat fatal ne s’observe pas toujours, même dans les cas exceptionnels. Il en est alors de l’action de l’éther et de chloroforme comme de celle de puissantes machines. Si l’on a réussi à échapper au danger qu’elles présentent, le sujet préservé n’a plus rien à redouter, et il faut, en ce qui concerne les précieux agents anésthésiques, ajouter que le sujet anésthésié n’a jamais conscience du danger qu’il a pu courir.


  1. Ce résumé fait suite aux mémoires intitulés : Résumé des faits relatifs à l’action de l’éther et du chloroforme sur l’intelligence, sur les sens, sur la conscience, sur la volonté et sur la sensibilité générale et locale, inséré dans les mémoires de l’Académie. V. année 1848, page 421 à 440. Résumé des faits relatifs à l’action de l’éther et du chloroforme sur la circulation, sur la respiration et sur l’appareil musculaire, inséré dans les mémoires de l’Académie. V. année 1856, page 71 à 97. Deux remarques physiologiques propres à faire éviter dans l’emploi des agents anésthésiques la sidération des fonctions circulatoire et respiratoire. Travail inséré dans les mémoires de l’Académie. V. année 1863 page 448 à 454.
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