VII
Résumé des recherches relatives à la persistance de l’action de l’Éther et du Chloroforme.
Dans les faits observés, la mort survenue après des opérations précédées d’anésthésiation ne peut reconnaître, pour une cause quelque minime qu’elle puisse être supposée, l’emploi de l’éther ou celui du chloroforme, et la mort doit être uniquement rapportée à l’état même des opérés, à la nature des opérations pratiquées, et aux suites ordinaires du traumatisme grave. Quelques lésions insignifiantes des bronches ou du poumon ne furent que les conséquences mêmes de l’agonie.
En ce qui concerne la recherche de la persistance de l’action de l’éther et du chloroforme sur l’intelligence, les sens, la conscience et la volonté, il faut diviser les symptômes observés en ceux qui se rapportent aux modifications psychologiques et en symptômes décélant une modification pathologique sur les organes eux-mêmes.
Les modifications du premier ordre, remarquées dans l’intelligence, sur les sens, dans la conscience et la volonté, ont été les suivantes, après l’emploi de l’éther inhalé :
Tantôt une ivresse spéciale motivant la fuite du malade dans une pièce voisine, tantôt une demi-ivresse, une ébriété accompagnée de rire et subsistant pendant toute la journée ; tantôt le regard hébété, la parole mal assurée, de l’attendrissement ; tantôt des craintes chimériques ou une démoralisation profonde durant quelques heures.
Après l’éthérisation per anum, l’absence de conscience, le défaut de perception visuelle, le retour de l’intelligence une fois après quarante minutes et une autre fois après une heure seulement, l’idée fausse de la situation réelle ; tantôt la tendance à la fureur et tantôt l’attendrissement ; tantôt une reconnaissance exagérée.
Après l’inhalation du chloroforme, sentiment de tristesse, perversion intellectuelle consistant à croire à la présence d’enfants.
Si au point de vue de la production des faits psychiques, l’éther et le chloroforme ont une action analogue et presque identique pendant l’anésthésiation, il n’en est pas exactement de même au point de vue de la persistance de ces faits, les modifications psychiques dues à l’éther, ont, en général, persisté plus longtemps que celles qui ont reconnu pour cause l’action du chloroforme, et la persistance de ces modifications fut plus grande encore après l’emploi de l’éther per anum.
La durée des modifications dont il s’agit a varié de quelques minutes à quelques heures, à une journée même, sans laisser, après ce temps, aucune trace dans les perceptions sensoriales du sujet éthérisé et dans son intelligence.
En ce qui concerne les altérations qui paraissent plus spécialement révéler un état pathologique, les faits sont presque identiques soit après l’éthérisation, soit après l’inhalation du chloroforme ; toutefois ils ont été observés en plus grand nombre après l’emploi du premier agent anésthésique.
Ces faits ont été les suivants : vertiges d’une intensité très-variable ; sensation d’engourdissement ; pesanteur de tête ; étourdissements ; légère congestion cérébrale ; céphalalgie partielle ou générale persistant pendant une durée qui a varié de quelques secondes à quelques heures, n’ayant toutefois laissé aucune trace dans les organes.
En ce qui concerne la persistance de l’anésthésie partielle ou générale, il n’a été noté qu’un seul fait, qui démontre que ce résultat si heureux, mais si sérieux, de l’action de l’éther ou du chloroforme puisse s’étendre pendant quelques minutes au delà de la période dite chirurgicale, de sorte qu’il n’y a pas lieu, en général, de se préoccuper des conséquences de l’action de ces agents sur la sensibilité.
Les symptômes qui indiquent la persistance de l’éther et du chloroforme sur la circulation et sur la respiration sont peu nombreux.
C’est à la suite de l’emploi de l’éther que la plus grande partie de ces symptômes a été notée.
En ce qui concerne la respiration, on a observé après l’éthérisation par inhalation, de la sécheresse et de la chaleur à la gorge persistant pendant un et même pendant deux jours ; de la chaleur à la poitrine dont la durée a varié de une demi-heure à une journée ; un accroissement de la toux chez un phthysique, enfin, dans un cas, les mouvements respiratoires ont été presque nuls pendant sept minutes.
En ce qui concerne l’action du chloroforme, une seule fois un malade s’est plaint d’une sécheresse légère à la gorge persistant durant toute une journée.
Dans les cas où la toux a été accrue chez des sujets dont les poumons étaient malades avant l’anésthésiation, il n’a pas été possible de lui attribuer les modifications survenues ultérieurement dans l’état des poumons, et ces modifications ont dû être uniquement attribuées à la fièvre qui a été la conséquence des grandes opérations.
La circulation a offert moins de symptômes que les organes respiratoires. Une fois, huit minutes après l’éthérisation, le pouls a offert encore 80 pulsations ; une autre fois le pouls s’est maintenu à 98 pulsations pendant toute une journée ; enfin, une seule fois, le pouls fréquent a été trouvé irrégulier une demi-heure après l’éthérisation. Ces deux derniers faits suivirent l’amputation d’un doigt et l’extirpation d’un sarcocèle. Enfin, le pouls a été insensible pendant sept minutes.
Bien que l’on ne puisse méconnaître l’influence de l’action des appareils à éthérisation employés, il ne faut pas leur attacher une trop grande importance, puisque l’éthérisation per anum a motivé une fois les manifestations dont il s’agit, bien qu’il n’y ait eu aucune gêne dans la respiration, ni opération sanglante pratiquée. Dans le fait en question, on observa 68 pulsations au pouls et 32 inspirations, onze minutes après le réveil de l’intelligence et plus d’une demi-heure après la cessation de l’inhalation éthérée.
L’appareil musculaire doit être envisagé à deux points de vue différents : l’état des muscles après leur section par les instruments tranchants, et l’état de l’appareil musculaire en général.
Le relâchement des muscles soumis à l’action des instruments ne s’étend pas, généralement, au delà de la période chirurgicale. La tonicité reparaît, ordinairement, dans les amputations au moment où l’on s’occupe de la ligature des artères ; toutefois, dans quelques cas fort exceptionnels, le relâchement a été observé pendant un demi-quart d’heure après la fin de l’anésthésiation.
Quant à l’appareil musculaire général, le défaut d’équilibration est lié à un état vertigineux. La défaillance du système musculaire général n’a pas été observée pendant plus de vingt minutes après la fin de l’anésthésiation, soit par l’éther, soit par le chloroforme, et la durée la plus longue de cette défaillance musculaire a été observée après la fin apparente de l’éthérisation per anum.
Dans quelques cas excessivement rares, la situation de la langue pendant l’éthérisme, détermine l’occlusion de la glotte et une asphyxie consécutive. Un changement opéré par le chirurgien dans la situation de la langue suffit pour faire disparaître le danger de mort qui résulte de cette position. Lorsque des apparences de suspension de la respiration se montrent, lorsque au lieu de pâlir, la face du malade se colore, il y a lieu de rechercher quelle est la situation de la langue par rapport à l’ouverture de la glotte.
La persistance de l’action des agents anésthésiques sur les autres appareils a été indiquée en énonçant l’action même de ces agents. Il n’est donc pas nécessaire de revenir longuement sur les faits relatifs à l’appareil utérin, à l’appareil digestif, à la sécrétion des larmes, à celle de la salive, à la sécrétion de la muqueuse buccale, et de la muqueuse bronchique, à la sécrétion du lait, à la sécrétion urinaire. Il n’est pas non plus nécessaire de retracer les faits relatifs à l’exhalation pulmonaire, à l’état de la peau et à la voix.
En définitive, l’éthérisme apparent dû à l’éther et au chloroforme ne se prolonge pas, ordinairement, dans les fonctions au delà d’un temps très-court après la cessation de l’anésthésiation.
Sauf les résultats nés de la situation anormale de la langue, les symptômes qui révèlent la persistance de l’action de l’éther et du chloroforme, soit sur les organes sains, soit sur les organes malades avant l’anésthésiation, ne constituent qu’une incommodité passagère.