VI.
Modification de l’exhalation pulmonaire par l’emploi de l’Éther et du Chloroforme.
Aucune recherche n’a été faite à notre clinique sur la composition chimique de l’air rendu par les poumons pendant et après les anésthésiations.
On doit, toutefois, supposer à priori, que des modifications chimiques existent dans l’air expiré, lorsqu’on se trouve en présence d’une sidération générale marquée, ou de symptômes d’asphyxie, ou d’excitation extrême.
Les faits qui vont être résumés se rapportent seulement à l’odeur dont l’air expiré se charge après les anésthésiations, soit par l’éther, soit par le chloroforme. Tandis que les sécrétions urinaires et cutanées n’offrent aucune preuve à l’odorat de l’intoxication due aux agents anésthésiques dont il s’agit, cette preuve existe fréquemment lorsque l’on recherche les modifications de l’exhalation pulmonaire.
Dans un grand nombre de cas, l’haleine des malades qui ont été anésthésiés à l’aide de l’éther ou du chloroforme se charge de l’odeur de ces liquides.
Parfois, un temps très-court a été noté entre la fin de l’anésthésiation et le début du phénomène d’exhalation dont il est question. Après l’inhalation de l’éther, ce temps a été 3′, 30′, une heure, quelques heures.
Après l’éthérisation per anum, ce temps a été 13′, 30′. Enfin après l’inhalation du chloroforme, 25′, 8 heures ont été notées.
La durée de l’altération de l’exhalation pulmonaire par les anésthésiques a été fort longue parfois, après l’inhalation de l’éther comme après celle du chloroforme. Deux fois, après l’emploi de l’éther et 2 fois après celui du chloroforme, l’odeur de l’agent employé a été perçue pendant un jour entier ; une fois après une anésthésiation par l’éther, l’odeur a été perçue pendant 48 heures.
Deux fois l’exhalation pulmonaire altérée par l’odeur de l’éther, a été observée d’une manière exceptionnelle. Dans l’un de ces cas elle a été constatée le cinquième jour, et dans l’autre, le huitième jour après l’éthérisation.
Si les faits qui précèdent ont un grand intérêt, ceux qui ont été observés après l’anésthésiation per anum ont une valeur plus grande encore ; ils montrent que c’est bien par la voie générale de la circulation qu’est transporté l’agent anésthésique. On pourrait sans doute objecter à notre opinion que l’éther introduit par l’anus passe par l’estomac, mais les faits dont il s’agit ont une telle similitude dans toutes leurs apparences qu’il est logique de conclure que dans les éthérisations per anum, comme dans celles qui sont provoquées par l’inhalation ordinaire, c’est par la voie du poumon que l’économie se débarrasse, en partie, de l’agent cause de l’anésthésie. Enfin ils montrent que dans certains cas de médecine légale, la preuve d’anésthésiation refusée par les sécrétions peut être recueillie et mettre sur la voie d’une tentative criminelle.
Une question intéressante se présente à l’occasion de l’exhalation pulmonaire chargée de vapeurs anésthésiques, celle de savoir si la durée de l’éthérisation, et par conséquent si la quantité du liquide anésthésique employé ont une grande influence sur ce phénomène. En consultant les observations où il a été consigné, les durées d’éthérisation ont été trouvées les suivantes : pour les inhalations de l’éther, 25″, 3′ 30″, 4′, 6′, 7′, 9′, 12′, 1 heure ¼ ; — pour les éthérisations per anum 22′, 30′ ; — pour les inhalations du chloroforme 3′, 4′ 30″, 16′, 33′.
Bien que l’intensité la plus grande du phénomène apparu au huitième jour, ait été observée après une éthérisation dont la durée totale fut une heure et un quart (avec interruptions), il ne paraît pas exister un rapport certain entre les durées des anésthésiations par l’éther ou par le chloroforme, la quantité du liquide anesthésique employé, et la manifestation du phénomène cité. Il est apparu même après la durée la plus courte, 5″, qui ait été notée dans les observations ; la méthode d’inhalation n’a pas paru également avoir une influence dans sa production, et il semble dans sa durée, comme dans son intensité, lié à la constitution spéciale du sujet éthérisé.