Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

A. S. PICHON

Sénateur du Jura, ancien Ministre plénipotentiaire à Pékin, ancien Résident général de France à Tunis, Ministre des Affaires étrangères.

Camarade,

Je comptais te dédier cet épisode de l'histoire intime du Maroc bien avant ton élection triomphale dans le Jura. Tu n'étais alors qu'un diplomate en vacances, épris de solitude, amoureux de nos belles montagnes qui mériteraient de retenir, au seuil de la Suisse classique, le voyageur distrait. Tu paraissais faire fi des plaisirs que la crainte peut corrompre, devenu provisoirement un parfait rat des champs.

Tout au plus, et comme en te jouant, avais-tu accepté d'être le premier au village et, tôt après, le premier au canton. Ces lauriers, si humbles, tu les avais cueillis d'un air si détaché, qu'il semblait que ce fût, de ta part, un acte de haut dilettantisme.

Aujourd'hui, j'ai l'air, comme l'éléphant pieux, de saluer le soleil levant. Qu'importe! Je maintiens ton nom en tête de cet ouvrage, qui ne sera cité dans aucun Livre Bleu, Blanc, Jaune ou Rouge, et dont l'intérêt se trouve être exclusivement d'ordre anecdotique. Tu n'en seras, je l'espère, ni abaissé ni glorifié outre mesure, et je n'attends même pas de toi le remerciement banal que ne refusent jamais les professionnels du succès.

Mais il est juste qu'ayant à parler du mystère marocain, je ne change rien à mon dessein antérieur de placer sous tes auspices ce roman véritablement vécu, écrit en marge de la grave politique, qui sera l'histoire de demain.

Nous avons eu, en effet, une longue conversation au sujet du Maroc—bien avant Algésiras, hélas!—et je ne puis mieux faire que de la reproduire, en lui gardant sa forme cursive et son allure primesautière.

Voici l'article publié par moi dans le Rappel du 15 septembre 1904 et cité, à cette date, par la plupart des journaux de Paris et de l'étranger:

Chapitre suivantM. PICHON ET LE MAROC