M. PICHON ET LE MAROC
Chez M. le résident général de Tunisie.—Au château de Vers-en-Montagne.—Opinion de M. Pichon sur l'avenir de l'influence française au Maroc.—Le roghi.—Pas d'expédition militaire.—Pas de fricotages financiers.
Le Rappel l'a annoncé, M. Pichon, arrivé presque au sommet de la hiérarchie diplomatique, a soudain manifesté le désir d'être le premier au village et, par-dessus son uniforme chamarré, il a ceint l'écharpe de maire. Il n'avait point fait ce pas pour reculer et l'on apprit que, sans coup férir, M. le résident général de Tunisie avait été élu par acclamations conseiller général du Jura, succédant en deuxième ligne à un éminent industriel qui était, dit la légende,—oh, les coïncidences!—un petit-fils de Napoléon. Où donc allait son ambition inquiète? Où le mènerait, par ces voies obscures, cette entrée triomphante, sensationnelle, dans une assemblée départementale, maîtresse des destinées électorales, présidée par M. Trouillot?
M. Pichon a paru au conseil général de Lons-le-Saunier-les-Bains, subi les compliments acidulés du mamamouchi du Commerce et n'a pas même souri. Son âme a toujours son secret, son cœur, son mystère. Qu'a donc l'ombre d'Allah? Il ne dit rien, donc il pense, et s'il pense, c'est à quelque chose qu'il n'ose pas dire.