Scène PREMIÈRE
UN MERCURE, UN DRAPIER, UN EXEMPT, MAILLEFER
Merci de moi ! Cessez, monsieur le capitaine !
Fichu de toile bise et jupe de futaine
Ne sont pas des atours, mon cœur, dignes de toi.
Monsieur a du velours dont il cherche l’emploi ?
Non ! mais si tu voulais, foi de Michaud Croupière…
Monsieur a donc de beaux écus ?
Monsieur a donc de beaux écus ?J’ai ma rapière.
Lors, à d’autres qu’à moi chantez votre refrain :
Je suis honnête, et veux entendre Tabarin.
Honnête ? que le diable emporte la donzelle !
Guillemin Tortu tend son chapeau aux spectateurs assis sur le premier banc.
La charité, mon doux seigneur. — Vous, damoiselle.
Je n’ai rien.
Je suis vieux, sans pain et sans abri.
Donnez… et que le ciel vous garde un bon mari !
Un bon mari ? voilà pour ton souhait, pauvre homme !
Si ça manquait jamais, je l’irais dire à Rome.
Pâques-Dieu ! j’ai connu cet homme quelque part.
J’ai — le diable sait où déjà vu ce soudard.
La charité, seigneur.
La charité, seigneur.Même allure guerrière.
Même voix !
Même voix !Guillemin Tortu ?…
Même voix ! Guillemin Tortu ?…Michaud Croupière !…
On s’était rencontré dans le monde !
On s’était rencontré dans le monde !…Au cachot.
Tu n’étais point alors ni boiteux, ni manchot.
Mon métier d’autrefois n’allant pas sans obstacles,
Le ciel en ma faveur a fait ces deux miracles.
Mendier est plus sûr…
Mendier est plus sûr…… Et m’a mieux réussi…
Tant pis !
Tant pis !Pourquoi ?
Tant pis ! Pourquoi ?Je vois des coups à faire ici !
Moi, voisin, j’ai toujours raffolé de théâtre.
Et moi, voisin, c’est un plaisir que j’idolâtre.
Qu’en dit votre commère ?
Qu’en dit votre commèAh ! ciel ! n’en parlons pas !
Si ma femme savait la chose, quels débats !
Vraiment ?
— La mienne, à moi, comprend qu’on se délasse…
Et puis, j’ai mon commis qui tient très-bien ma place.
Il a vingt ans ?
Il a vingt ans ?Vingt ans.
Il a vingt ans ? Vingt ans.Il se nomme Gauthier ?
Gauthier.
Gauthier.Il est fluet ?
Gauthier. Il est fluet ?Oui.
Gauthier. Il est fluet ? Oui.Dès un mois entier…
Un mois.
Un mois.… Il a quitté la maison paternelle ?
Hélas !
Hélas !Pour les beaux yeux de quelque péronnelle !
Vous pensez ?
Vous pensez ?Et vous ?
Vous pensez ? Et vous ?Moi, j’en demeure attéré !
Or vous dites qu’on l’a dans ce lieu rencontré ?
Oui, certain mien parent le voit souvent, qui rôde
Par la place, comme un flibustier en maraude !
Bon ! mes gens sont postés, et s’il vient, il est pris.
Faites !… et je paierai sans regarder au prix ! —
— Une péronnelle !… ah ! traître !… un jurisconsulte
À venir !…
À venir !…Au voleur !…
À venir !… Au voleur !…Arrêtez !
À venir !… Au voleur !… Arrêtez !Quel tumulte !
Au voleur !
Au voleur !La place est bonne aux coups hasardeux.
Arrêtez ! au voleur !
Arrêtez ! au voleur !Au voleur !
Arrêtez ! au voleur ! Au voleur !Part à deux ! —