Scène II
LES JOUEURS DE VIOLES ET DE REBECS,
qui viennent s’asseoir auprès du théâtre de Mondor,
du côté opposé à l’avant-scène.
Au voleur !…
Au voleur !…Arrêtez !
Paix !… quel est ce tapage ?…
— Le tumulte cesse après le Taisez-vous !
Tabarin !…
Tabarin !…Taisez-vous !… Quelle rumeur sauvage
A troublé mon repos ? — Mes archers, dites-leur
De se taire ! Je crois qu’on criait au voleur…
Se levant.
On m’a volé ma bourse !
On m’a volé ma bourse !Au cœur de mon royaume ?
— Que font donc mes exempts, et maître Jean Guillaume ?
Si le voleur n’est pris dans une heure, il faut qu’on
Cerne la place, et tout brancher à Montfaucon !
— Que la société de tristes gueux est pleine !
Cornes de Belzébuth ! messieurs les tire-laine,
Si faire votre état vous est un tel besoin,
Faites ! mais, par le diable ! allez tirer plus loin !
Arrière, francs filous ! opérateurs vulgaires,
Laissez-nous faire en paix nos petites affaires,
Et quittez sur-le-champ la place et ses abords
Par esprit de justice… et par esprit de corps !
Changeant de ton, très-bonhomme.
— Ouf ! je les ai, je crois, secoués d’importance.
Maintenant, bonnes gens, honorable assistance,
Vous qui, pour vous gaudir, êtes venus céans,
N’ayez plus nul souci de tous ces mécréants !
Selon notre coutume, et pour l’heure présente,
Nous allons vous donner une farce plaisante,
Et neuve — et contenant telles joyeusetés
Que les plus renchéris s’en tiendront les côtés !
« La Farce des tonneaux » œuvre de mon génie,
Où l’on verra, parmi ceux de la compagnie,
Pour accroître l’attrait d’un spectacle si beau,
L’intéressant début d’un Fritelin nouveau !
« La Farce des tonneaux… » Parade des parades !
Avec déguisements, coups de pied et bourrades,
Réponses et lazzis d’un tour original,
Quiproquos surprenants, et grand combat final !
Oyez et riez ! car, si l’auteur ne se flatte,
Il vous veut, cejourd’hui, désopiler la rate,
À ces fins de pouvoir écrire en son rideau :
« Mores et humores castigat ridendo ! »