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Classiquesen Ligne

Scène II

Les Mêmes, LE PEUPLE, puis TABARIN,
LES JOUEURS DE VIOLES ET DE REBECS,
qui viennent s’asseoir auprès du théâtre de Mondor,
du côté opposé à l’avant-scène.
MICHAUD CROUPIÈRE, poursuivant Guillemin Tortu.

Au voleur !…

LE PEUPLE.

Au voleur !…Arrêtez !

Le tumulte est à son comble.
TABARIN, paraissant sur le tréteau, en avant du rideau fermé et d’une voix qui domine tout le bruit.

Paix !… quel est ce tapage ?…

TOUS, applaudissent — Ils se rasseyent.
— Le tumulte cesse après le Taisez-vous !

Tabarin !…

TABARIN.

Tabarin !…Taisez-vous !… Quelle rumeur sauvage
A troublé mon repos ? — Mes archers, dites-leur
De se taire ! Je crois qu’on criait au voleur…

LE MERCIER, il s’était rassis derrière Alyson. — Le drapier s’est assis derrière lui sur le troisième banc, et Maillefer, à l’entrée de Tabarin, s’est faufilé dans le milieu du second banc.
Se levant.

On m’a volé ma bourse !

TABARIN.

On m’a volé ma bourse !Au cœur de mon royaume ?
— Que font donc mes exempts, et maître Jean Guillaume ?
Si le voleur n’est pris dans une heure, il faut qu’on
Cerne la place, et tout brancher à Montfaucon !
— Que la société de tristes gueux est pleine !
Cornes de Belzébuth ! messieurs les tire-laine,
Si faire votre état vous est un tel besoin,
Faites ! mais, par le diable ! allez tirer plus loin !
Arrière, francs filous ! opérateurs vulgaires,
Laissez-nous faire en paix nos petites affaires,
Et quittez sur-le-champ la place et ses abords
Par esprit de justice… et par esprit de corps !

Changeant de ton, très-bonhomme.

— Ouf ! je les ai, je crois, secoués d’importance.
Maintenant, bonnes gens, honorable assistance,
Vous qui, pour vous gaudir, êtes venus céans,
N’ayez plus nul souci de tous ces mécréants !
Selon notre coutume, et pour l’heure présente,
Nous allons vous donner une farce plaisante,
Et neuve — et contenant telles joyeusetés

Que les plus renchéris s’en tiendront les côtés !
« La Farce des tonneaux » œuvre de mon génie,
Où l’on verra, parmi ceux de la compagnie,
Pour accroître l’attrait d’un spectacle si beau,
L’intéressant début d’un Fritelin nouveau !
« La Farce des tonneaux… » Parade des parades !
Avec déguisements, coups de pied et bourrades,
Réponses et lazzis d’un tour original,
Quiproquos surprenants, et grand combat final !
Oyez et riez ! car, si l’auteur ne se flatte,
Il vous veut, cejourd’hui, désopiler la rate,
À ces fins de pouvoir écrire en son rideau :
« Mores et humores castigat ridendo ! »

Vifs applaudissements !


Il disparaît derrière le rideau. — L’ouverture commence. — Sur les premières mesures, Nicaise vient moucher les chandelles de la rampe, au grand divertissement des spectateurs. Vers le milieu, il en éteint une… Éclats de rire ! Il termine heureusement l’opération et se retire devant des bravos ironiques. — L’ouverture continue. — Le rideau du petit théâtre s’ouvre : — à gauche, un tonneau, dont le fond se relève comme un couvercle ; — à droite, un tonneau pareil — tous deux sont assez grands pour cacher un homme. — Ils sont censés enfoncés à demi dans les dessous du petit théâtre. — Sur les dernières mesures entrent Mondor et Tabarin. —