Scène V
Assez ! Assez !
Assez ! Assez !Victoire ! On les tient ! La coquine !
Je la tiens !
Je la tiens !Haro !… Sus !
Je la tiens ! Haro !… Sus !À l’aide !
Francisquine !
Comme dans un brouillard j’ai reconnu sa voix.
— C’est elle !
— C’est elle !Tabarin !
— C’est elle ! Tabarin !C’est toi ! Je te revois !
Haro !…
Haro !…Arrière, vous !
Haro !… Arrière, vous !Au carcan !… à la fange !…
Vengeons-le !…
… Ça, de quoi voulez-vous qu’on me venge ?…
Que croyez-vous encore, et qu’imaginez-vous ?…
N’aviez-vous pas compris que je suis son époux ?…
… Que cette fuite… était, d’avance, convenue ?…
Et que… c’est notre pièce enfin qui continue ?…
— Vive Dieu ! le succès est grand, en vérité,
De vous avoir fait croire à la réalité,
Et d’avoir su tirer de mon masque de plâtre
Des pleurs… trop convaincants pour des pleurs de théâtre,
Et des sanglots joués où vous vous êtes pris…
— C’était ma pièce !… encor !…
Vous n’avez pas compris !
À sa femme, avec une énergie sincère.
Comprends-tu, toi ?…
Comprends-tu, toi ?…Pitié ! oh ! pitié !…
Comprends-tu, toi ?… Pitié !Plus haut, femme !
Qu’on t’entende !… C’est la pièce !
Qu’on t’entende !… C’est la pièce !Je fus infâme.
Mais mon remords est grand de mon lâche abandon,
Et je n’ose qu’à peine implorer mon pardon.
Crois-moi pourtant, je viens repentante, éperdue…
Bon ! je sais que je t’aime et que tu m’es rendue :
Il suffit ! Du passé je ne veux garder rien,
Tu me reviens, et tout est bien qui finit bien !…
Bravo !…
Bravo !…Voilà la pièce !… est-elle assez nouvelle ?
Et surprenante ?… avec les amours d’Isabelle…
Sa fuite… ses remords… et son retour…
Sa fuite… ses remords… et son retour…Retour
Inespéré, qu’il doit à mon « philtre d’amour ! »
C’est vrai !
C’est vrai !Le boniment !
Pardieu ! je le proclame,
Hautement ! c’est son philtre à qui je dois ma femme,
Et l’essai que j’en fis est assez engageant
Pour que chacun d’avance apprête son argent —
Descendant l’escalier.
Car ce philtre enchanté que la cire cacheté,
— Qui met l’amour au rang des choses qu’on achète,
Ce philtre que d’aucuns paîraient au poids de l’or[15]…
Mais vous n’y croyez plus, aux philtres de Mondor,
Et le temps est passé de nos ventes prospères.
N’achetez pas, messieurs, comme achetaient nos pères,
Mais pour nous consoler de ce petit chagrin,
Faites, comme ils l’ont fait, accueil à Tabarin.
- ↑ Mondor, Nicaise, Francisquine
- ↑ Mondor, Nicaise, Tabarin, Francisquine assise.
- ↑ Tabarin, Francisquine.
- ↑ Mondor, Nicaise, Francisquine, Gauthier.
- ↑ Nicaise, Mondor, Francisquine, Gauthier.
- ↑ Tabarin, Piphagne.
- ↑ Au cours de son récit. Tabarin doit donner à son chapeau de feutre mou, garni de deux maigres plumes de coq, les formes diverses qu’affectaient les chapeaux des personnages qu’il cite, Saturne, Mercure, Janus, etc.
- ↑ Rodomont, Lucas.
- ↑ Pendant ce couplet que Gauthier déclame en cherchant ses mots, faisant de grands bras et de grandes enjambées les spectateur s’impatientent. — Ce sont d’abord des murmures. — Après : « le Piémont ! » des : « oh ! oh !!! »
- ↑ Isabelle, Piphagne.
- ↑ Tabarin, Isabelle, Mondor, dans le tonneau.
- ↑ Gauthier en disant : « Ici » frappe de son épée le tonneau où Mondor est caché. — Tandis qu’il retourne pour aller vers l’autre, Mondor met la tête hors du tonneau, de quoi rit le public. — En disant : « Là ! » même jeu de Gauthier, et de Tabarin.
- ↑ Tabarin, dans son tonneau, Mondor dans le sien, Francisquine, au pied de l’escalier à droite, Gauthier à l’extrême droite.
- ↑ Le peuple est rassis. — Tabarin no 1. Mondor au-dessus no 2. Francisquine no 3. Nicaise au-dessus no 4.
- ↑ Il a descendu l’escalier. — Le public s’est levé pour acheter des flacons.
— Il les arrête de la main, s’avance vers la rampe et semble consulter la salle.
— Après un mouvement de découragement.