Scène VIII
L’entresol ! C’est bien ici.
Ma belle-mère, à présent !
Encore quelqu’un ! Ah ! ça, c’est une gageure !
Ah ! le contagieux ! (Haut.) Je viens pour visiter votre entresol.
Diable ! C’est que je vais vous dire : il est loué !
Loué ! Comment, vous m’avez dit… (En se retournant elle aperçoit Moulineaux.) Tiens, mon gendre !
Lui-même, belle-maman !
Que faites-vous ici ? J’ai le droit de le savoir.
Ah ! mais…
Vous refusez de parler ?… prenez garde, j’ai le droit de supposer des choses…
Eh ! bien, quoi ? Je suis chez madame, une cliente, une malade…
Hein ?
N’est-il pas vrai, madame, que vous êtes ma cliente ?
Oh ! mais je n’en ai jamais douté, chère madame !
Et puis-je savoir, madame, ce qui me vaut l’honneur…
Mon Dieu, madame, excusez-moi, j’étais en quête…
Ah ! ceci est autre chose : les dames patronnesses sont les bienvenues auprès de moi… Voici cinq francs !
Hein ? elle me donne de l’argent !
Vous n’avez pas de honte de vous faire donner de l’argent dans les maisons ?
Voyez-vous ça ! la vieille carottière !
Mais je n’ai rien demandé !… reprenez cela, madame, je ne suis pas en quête de cent sous, je suis en quête d’un appartement.
Oh ! pardonnez-moi, madame…
Eh bien !…
Oh ! pardon !
Mais alors, présentez-nous…
Hein ! il faut que… (Suzanne lui fait signe que oui. Présentant. — Avec aigreur.) Madame Aigreville, ma belle-mère. (Avec une certaine volupté dans la voix.) Madame Aubin, madame Suzanne Aubin.
Suzanne Aubin ?… Oh ! mais j’ai beaucoup entendu parler… Et ces messieurs vont bien ?
Quels messieurs ?
Les deux vieillards ! (Montrant Bassinet.) Monsieur est sans doute un des deux ?
Mais vous commettez un anachronisme épouvantable !
Oh, madame, je le retire… (Cherchant à changer la conversation.) Ainsi, c’est mon gendre qui vous soigne ?
Mon Dieu oui, moi… (Vivement.) Et mon mari aussi.
Ah ! ça me fait bien plaisir… Qu’est-ce qu’il a monsieur votre mari ?
Un eczéma… un eczéma impetigineux compliqué de desquamation de l’épiderme, vous savez des… des suites de couches…
Hein !… des couches, lui !…
Pas lui, sa femme !
Hein ! moi !…
Comment, madame, vous êtes mère ?
Mais du tout, madame !
Mais non… pas elle, lui… non enfin, son mari… Comprenez-moi bien, son mari se l’était figuré !… Alors quand il a appris que non… n’est-ce pas ?… la… la… l’émotion, le trouble… son sang n’a fait qu’un tour… un petit tour… enfin, il a eu un eczéma… Voilà !… ouf !… Et maintenant, belle-maman, si vous voulez me laisser à ma consultation…
Parfaitement… Je vous quitte… Si ma fille venait, vous lui diriez que je suis partie.
Entendu… Au revoir, chère belle-maman !
Oh ! ne soyez pas si aimable… je n’oublie rien. (Digne.) Seulement, je sais me tenir devant le monde…
J’aurai soin d’en inviter toujours beaucoup, belle-maman… Tenez, par là…
Au revoir, chère madame !
Madame…
Allons bon ! le mari. (À Suzanne.) Votre mari qui revient !…
Oh ! mon Dieu !
Qu’est-ce que c’est ?
Rien. Entrez là avec madame.
Il faut que j’entre aussi.
Non, vous, vous allez recevoir ce monsieur… Il me demandera, moi, M. Machin ; parce que, pour lui, je suis M. Machin… Vous lui direz n’importe quoi… que je suis occupé… que je suis en conférence avec… avec la Reine du Groënland si vous voulez, ça m’est égal… mais que je ne le voie pas !…
Entendu !… C’est un raseur, hein !… Je connais ça !…