Scène IX
Décidément, il a un grain ; il faudra faire voir le docteur à un médecin.
C’est remoi ! Tiens ! M. Machin n’est plus là ?
Non, M. Machin n’est pas visible.
Ah ! le docteur !
Précisément, le docteur !… Vous savez donc ?… (À part.) Alors pourquoi se fait-il appeler M. Machin ? (Haut.) Non, il n’est pas visible…
Ce cher docteur !
Oui ! ce cher docteur.
Je ne m’attendais pas à vous voir ici. C’est vrai, au fait, M. Machin va souvent chez vous… Il m’a parlé de vous tout à l’heure encore. C’est vous qui le soignez ?
Oh ! je le soigne… je le soigne… parce qu’il me soigne.
J’entends, parbleu ! vous n’êtes pas gratuit.
Oui, je… hein ? (À part.) Qu’est-ce qu’il raconte ?
Dites-moi ! alors il est malade, M. Machin ?
Ah ! vous l’avez remarqué aussi… Je crois qu’il doit avoir un petit hanneton dans le cerveau.
Eh bien ! je m’en doutais… Alors, vous lui recommandez quoi ? Des douches ?
Oh ! Je lui recommande…
Ne vous donnez pas la peine !
Je lui recommande… non… parce que ça ne me regarde pas… Entre nous, ça lui ferait du bien…
Je le crois. Mais puisque je vous tiens… dites donc : Je suis très vif, très chaud…
Tant mieux ! tant mieux !
Eh bien ! J’ai la circulation du sang qui s’arrête, j’ai des engourdissements…
Ah ! tant pis, tant pis !
J’en causais dernièrement avec votre domestique.
Ah ! vous connaissez mon domestique ! Lequel, Joseph ou Baptiste ?
Je ne sais pas… Il me conseillait des choses impossibles…
Mon cher, pour moi, il n’y a que le massage.
J’en ai essayé, ça n’a pas réussi.
C’est que vous ne savez pas vous y prendre. Vous choisissez un masseur, n’est-ce pas ? Vous le faites déshabiller, vous l’étendez sur un divan et vous le massez de toutes vos forces pendant une heure. Après ça, si votre sang ne circule pas, je veux que le loup me croque.
Ah ! bien, voilà ! Je m’y étais toujours pris à l’envers ; je vous remercie, j’essayerai… Mais ce n’est pas tout ça… Alors, on ne peut pas voir Machin ?…
Oh ! non… non… Il est en conférence… avec la Reine… avec la Reine du Groënland !
La reine de… Vous avez dit…
La reine du Groënland !
Oh ! la ! la ! la ! la ! La Reine de… fichtre… Ah ! mais, il est calé ce couturier-là… Il habille des reines… Il doit être d’un cher…
Donc, si vous voulez revenir un autre jour…
Ah ! je ne peux pas… Je lui annonce une cliente, à M. Machin, madame de Saint-Anigreuse… une amie à moi. Elle a voulu que je la menasse chez le couturier de ma femme… Une idée à elle !… alors, je l’ai précédée ici… parce que je ne tiens pas à ce qu’elle se rencontre avec ma femme… C’est pourquoi je viens voir si elle est partie.
Ah ! c’est votre femme qui était là tout à l’heure ?
Oui, oui.
Et vous la laissez venir comme ça toute seule ?
Oh ! ne craignez rien, je l’ai accompagnée.
Ah ! bien, alors !…
Non, mais dites-moi, est-ce que vous croyez qu’il en a pour longtemps ce couturier… avec sa reine ?
Dame ! vous savez, c’est que c’est une reine, une forte reine !
Qu’est-ce que vous voulez, je suis attendue !… Je m’en vais…
La voix de la belle-mère ! Diable ! je ne veux pas qu’elle m’échappe. Je vais l’attendre dans l’escalier pour tâcher de lui caser mon troisième.
Mais dites-moi, docteur… (Se retournant.) Eh bien ! où est-il ? (Appelant.) Docteur !… parti. En voilà un type !…