Scène première
Moment de silence.
Ca ne fait rien, monsieur !
On a sonné ! Qui est-ce ? (Appelant.) Étienne !… Eh bien, Étienne ?
Monsieur ?
Qui est-ce qui a sonné ?
Oh ! C’est rien !
Comment, rien ?
Non, c’est un malade qui venait pour une opération… Il m’a demandé si monsieur y était… Je lui ai dit que oui… Alors il m’a dit que ça ne lui faisait plus mal et il est parti.
L’imbécile ! Eh bien, alors, quand ce n’est personne, on vient dire : « Monsieur, c’est personne ! »
J’ai pensé que c’était inutile.
C’est bien, allez.
Monsieur est soucieux, je comprends ça. Je l’avais bien dit à monsieur ! Voilà une nuit de bal à l’Opéra qui ne lui aura pas porté bonheur. Aussi, étant donné qu’on fait les choses, il faut les faire proprement.
Hein !
Monsieur aurait dû me dire : Étienne, je vais au bal… Je me serais mis dans le lit de monsieur.
Dans mon lit…
Oh ! monsieur ne me dégoûte pas (Moulineaux hausse les épaules.) J’aurais changé les draps, voilà tout ; et les apparences auraient été sauvées.
Non, mais où peut être ma femme ?
Oui !… C’est ce que nous nous demandions tout à l’heure à l’office.
Dans une heure, il y aura vingt-quatre heures qu’elle aura quitté le domicile conjugal.
Oh ! monsieur, si ça pouvait s’arranger ! hein ?… Tâchez que cela s’arrange…
Ah !
Oh ! si, monsieur… pour moi ! monsieur fera bien cela pour moi… Je déteste quand on broie du noir autour de moi !… je suis une sensitive, monsieur… alors, je broie aussi et j’aime pas ça.
On a sonné.
Ça ne fait rien.
Comment, ça ne fait rien ?
Non, on n’entrera toujours pas sans que j’ouvre. Alors… c’est convenu ? pour moi ?
Oui, c’est bon ! allez !…
Merci. (Il tend la main : voyant que Moulineaux ne lui donne pas la sienne, il serre dans le vide.) Merci !
Et vous savez, hormis ma femme, je n’y suis pour personne.
Personne ?…
Quand ce serait le pape !… personne.