Scène VIII
Moment de silence. — Aubin et Bassinet se regardent. — Puis Bassinet indique du doigt la porte par où est sorti Moulineaux et tous deux éclatent de rire.
Non, il est cynique ! (À Bassinet.) Et vous ne dites rien ?
De quoi !
Hein ! de… de rien ! (À part.) Il est donc sourd ?
Dites donc, je crois que nous les avons dérangés !…
Oui, je… (À part.) Non, mais dans quel siècle vivons-nous ?
Ils sont gentils !
Très gentils ! très gentils !… (À part.) Il n’a aucun sens moral !… (Haut.) Mon cher, je ne suis pas bégueule, mais je ne comprends pas que vous ne surveillez pas plus votre femme…
Ma femme ! (À part.) Il est décousu. (Haut.) Dam ! laissez-moi le temps.. Je ne l’ai retrouvée que depuis hier.
Ah ! vous ne l’avez retrouvée…
Oui. (À part.) À propos de quoi me parle-t-il de ma femme ?… (Haut.) Il faut vous dire qu’elle m’avait planté là.
Pour le couturier…
Non, pour un militaire.
Ah ! aussi !… (À part.) Oh ! mais c’est une gaillarde !
Il y avait un temps infini que je la cherchais, quand hier, au moment où je m’y attendais le moins, v’lan ! je la trouve dans les bras de qui ?…
De M. Machin ?
Machin !… précisément. Comment savez-vous ?…
Ah ! ce n’est pas malin à deviner. (À part.) Il est admirable de philosophie, le mari !
Quand elle m’a vu, de bonheur elle m’a giflé… Ah ! je suis bien content !
Oui, battu et content… Ca ne m’étonne pas !
Non, c’est Moulineaux qui sera étonné quand je lui présenterai ma femme tout à l’heure…