Scène IX
Là, c’est arrangé !… j’ai fait à peu près entendre raison à belle-maman ! (À Bassinet.) Bonjour, mon cher, je vous demande pardon, tout à l’heure, je vous ai reçu un peu en l’air…
Oh ! je comprends très bien, ça ne fait rien…
Ah ! vous êtes encore là, vous ?
Oui, j’ai un mot à vous dire.
Je vous demande pardon…
Faites donc, ne vous gênez pas pour moi…
C’est que c’est personnel…
Ah ! parfaitement.
Je vais vous dire, j’attends ma femme, c’est l’heure de sa consultation, et comme je ne l’ai pas revue depuis hier…
Ah ! fichtre !
Vous dites…
Non, je dis ah ! fichtre !
Ah ! bien, je l’ai dit aussi, moi : « Ah ! fichtre » ! Seulement ça n’avance à rien et je voudrais arranger cela, parce que c’est trop bête !… Seulement, voilà, comment lui faire avaler Rosa ?…
Oui ! diable !
Oh ! quelle idée !… vous ne me contredirez pas ?…
Mais non, voyons, entre hommes !
Je dirai que Rosa… était votre maîtresse.
C’est ça !… hein ! non, qu’est-ce que vous dites ! Jamais de la vie !
Qu’est-ce que ça vous fait, il n’y aura qu’elle qui le saura ?
Merci ! ça suffit.
Machin, cher M. Machin !…
Je vous dis que c’est de la folie… Non, non je ne le peux pas… Merci, que dirait madame Moulineaux ?
Ah ! vous croyez que…
Dam… mais adressez-vous à un autre !
À qui ?
Eh bien, je ne sais pas. (Bassinet chantonne, et attire l’attention de Moulineaux qui l’indique à Aubin.) À lui, par exemple. (Aubin fait un geste de révolte.) Quoi ? ça n’a pas d’importance !
Oh ! à lui !… et vous croyez que madame Moulineaux ne dira rien…
Qu’est-ce que vous voulez que ça lui fasse ?
Quelle morale, mon Dieu, quelle morale !… Enfin je veux bien, moi…
Tenez, voilà monsieur qui a quelque chose à vous demander !
Oh ! voulez-vous me rendre un grand service ?
Moi ?
Oh ! un grand ! un immense !
Diable !… c’est que… nous sommes à la fin du mois et…
Ca ne vous coûtera rien !
Ah ! allez !
Je suis en ce moment-ci très mal avec ma femme… Elle m’a pincé avec ma maîtresse !…
Oh ! c’est bête, ça !
Stupide ! (Sérieux.) En un mot, elle va venir ici tout à l’heure. Vous connaissez ma femme. Eh bien ! vous lui direz que madame de Saint-Anigreuse est votre maîtresse.
Ah bien ! ça c’est une idée !
Oui !
Seulement elle est mauvaise !
Ah ! vous n’allez pas me refuser ça ?
Parfaitement !
Acceptez… il est président de plusieurs sociétés en formation… Il peut avoir besoin d’immeubles !
Oui ?… (Résolument.) J’accepte !
Oui ?
Cela n’engage à rien ?
À rien !
Et dites-moi… hum ! elle est jolie ?
Qui ! la… ? Très jolie.
Une farceuse ?
Oui, assez.
Une cocotte, enfin ?
Oui, mais très bien… d’ailleurs, voici sa photographie. (Il tire une photographie de son porte-feuille et la remet à Bassinet.) Vous la montrerez à ma femme pour plus de vraisemblance.