Scène XV
Monsieur !
Avance et réponds, maître Jean Coqueret : veux-tu épouser Louise ?
Oui, monsieur !
Et penses-tu qu’elle y consente ?
Oui, monsieur, si vous lui faites entendre la vérité. Pourquoi ne voudrait-elle point de moi ? Elle n’est pas plus que moi. Elle n’est pas même tant. Elle est une champie, et moi, j’ai mes père et mère. Elle est plus savante que moi, parce que vous l’avez rendue savante ; mais qu’elle me rende savant, je ne demande pas mieux. Vous lui donnez de bons gages, mais vous m’en donnez aussi plus que je n’en mérite. D’ailleurs, j’ai une dot. Nous nous convenons donc assez bien. Je l’aime, elle ne peut me détester. Je suis un honnête homme, elle le sait bien ; vous aussi, monsieur, vous me connaissez. Par ainsi, dites-lui que ça vous contente, et elle fera son contentement de vous obéir.
Tu l’entends ! Vous vous convenez, vous vous aimez, et vous n’attendez tous deux que ma permission pour vous marier.
Oui, monsieur, c’est ça, vous parlez trés-raisonnablement !
Ne la grondez pas, monsieur. Si vous la grondez, elle n’osera pas se confesser !
Je la gronde parce, qu’elle manque de franchise, et que je ne sais rien de plus lâche et de plus bas que le mensonge ?
Parle donc, Louise, ou dis-moi de me jeter à l’eau, si je t’offense.
Jean, vous vous y êtes mal pris pour réussir ! Vous pouvez m’aimer, je ne dis pas non, et je ne nie pas l’estime que je fais de vous ; mais je vous ai dit tantôt dans le pré, et ici tout à l’heure encore, que je ne voulais point me marier de longtemps et que je vous défendais de m’en reparler. Vous ai-je dit cela, oui ou non ?
Te l’a-t-elle dit ? Réponds, parle ! Allons donc !
C’est vrai qu’elle l’a dit.
Et pourquoi m’as-tu fait le mensonge qu’elle était folle de toi, qu’elle pleurait, qu’elle t’avait fait les avances, et qu’elle n’osait pas me le confier ?
Tu as inventé tout ça ! C’est très-vilain, de mentir !
J’espérais que monsieur te conseillerait à mon idée !
Eh bien, c’est une infamie, et, pour cela, je vous chasse !
Ah !… Et toi, Louise ?
Moi, je…
C’est bien, monsieur, on y va.
Attends ! tes gages !…
Merci, je n’en ai pas besoin, (Il sort.)