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Classiquesen Ligne

Scène V

BACTIS, MYRTO, CHRÉMYLE, CARION, tous deux en désordre, effarés et terrifiés.
CHRÉMYLE, embrassant Myrto, qui court au-devant de lui.

Ma fille ! Je craignais de te trouver morte ! Ta mère, où est--elle ? Ton frère… ?

MYRTO.

Ils n’ont pas quitté la maison, et aucun de nous n’était en danger ; mais vous ?…

CHRÉMYLE, troublé.

Oh ! oui, moi ! La tempête !…

CARION.

Les éclairs !…

CHRÉMYLE.

Le vent !…

CARION.

La grêle !…

CHRÉMYLE.

Et la foudre !…

CARION.

Une bourrasque à décorner des minautores !

CHRÉMYLE.

Des serpents de feu qui semblaient les flèches d’Apollon en courroux !

CARION.

Les murs du temple ébranlés par les hoquets du Tartare !

CHRÉMYLE.

Et la propre foudre de Jupiter éclatant sur nos têtes !

CARION.

Brisant sur l’autel l’image de Plutus aussi menu qu’une tête d’échalote dans un mortier à saucisses !

CHRÉMYLE.

Et au retour quel désastre ! Ma récolte de l’année perdue,

mes champs ravagés, mes plantations hachées !…
CARION.

Par des grêlons plus gros que des citrouilles !

CHRÉMYLE.

Mes meules entraînées par les eaux gonflées de I’Ilyssus !…

CARION.

Et servant de refuge à nos pauvres poules effarouchées !

MYRTO.

La peur n’a-t-elle pas troublé vos esprits, mon père ? J’ai entendu un grand bruit ; mais voyez : il n’est tombé ici ni grêle, ni pluie, ni foudre.

CHRÉMYLE.

Ah ! que n’y suis-je resté sous la protection d’Apollon ! que n’en ai-je chassé Plutus, au lieu d’offenser Jupiter ! Cette méchante nuée eût été crever plus loin, chez les autres. Hélas ! je n’ai que ce que je mérite, et mon impiété est punie.

MYRTO.

Et Plutus, ne le ramenez-vous pas ?

CHRÉMYLE, soupirant.

Plutus ? Hélas !

CARION.

Plutus a disparu, voilà le pire ! Un éclat de la foudre ayant de nouveau brûlé ses yeux, le perfide Mercure a profité du désordre et de la terreur où nous étions pour l’enlever en se moquant de nous.

CHRÉMYLE.

Ah ! c’est un grand malheur ; mais tout n’est pas perdu, puisqu’il me laisse beaucoup d’or et d’argent…