Scène V
Ma fille ! Je craignais de te trouver morte ! Ta mère, où est--elle ? Ton frère… ?
Ils n’ont pas quitté la maison, et aucun de nous n’était en danger ; mais vous ?…
Oh ! oui, moi ! La tempête !…
Les éclairs !…
Le vent !…
La grêle !…
Et la foudre !…
Une bourrasque à décorner des minautores !
Des serpents de feu qui semblaient les flèches d’Apollon en courroux !
Les murs du temple ébranlés par les hoquets du Tartare !
Et la propre foudre de Jupiter éclatant sur nos têtes !
Brisant sur l’autel l’image de Plutus aussi menu qu’une tête d’échalote dans un mortier à saucisses !
Et au retour quel désastre ! Ma récolte de l’année perdue,
mes champs ravagés, mes plantations hachées !…Par des grêlons plus gros que des citrouilles !
Mes meules entraînées par les eaux gonflées de I’Ilyssus !…
Et servant de refuge à nos pauvres poules effarouchées !
La peur n’a-t-elle pas troublé vos esprits, mon père ? J’ai entendu un grand bruit ; mais voyez : il n’est tombé ici ni grêle, ni pluie, ni foudre.
Ah ! que n’y suis-je resté sous la protection d’Apollon ! que n’en ai-je chassé Plutus, au lieu d’offenser Jupiter ! Cette méchante nuée eût été crever plus loin, chez les autres. Hélas ! je n’ai que ce que je mérite, et mon impiété est punie.
Et Plutus, ne le ramenez-vous pas ?
Plutus ? Hélas !
Plutus a disparu, voilà le pire ! Un éclat de la foudre ayant de nouveau brûlé ses yeux, le perfide Mercure a profité du désordre et de la terreur où nous étions pour l’enlever en se moquant de nous.
Ah ! c’est un grand malheur ; mais tout n’est pas perdu, puisqu’il me laisse beaucoup d’or et d’argent…