Scène VI
Tout cela est perdu, Chrémyle. Pendant que vous couriez tous au temple, ta femme, effrayée de l’orage et craignant courroux des dieux, s’est hâtée de jeter tous tes trésors dans le fleuve. Les flots emportent maintenant à la mer tes richesses d’un jour.
Ô imbécile de femme !
Mon père, elle a bien agi ; elle a désarmé Jupiter et préservé votre tête de la foudre.
Chrémyle, il te faut prendre courage ; nous recommencerons tous à travailler.
Il le faut bien ; allons, enfants, à l’ouvrage ! Tâchons de courir après nos gerbes et de sauver ce qui nous reste.
Allons !
Non, pas toi, si le cœur ne t’en dit pas, car tu es libre.
Libre ?
Plus que libre ! Il est citoyen de l’Attique !
Ô dieux immortels ! Comment le sais-tu ?
En ce moment, le sénat prend une décision dont l’histoire gardera le souvenir. Voulant, à ce qu’il semble, humilier l’orgueil de certains riches, qui n’ont envoyé à la flotte que leurs esclaves, et désirant encourager les braves quels qu’ils soient, les magistrats d’Athènes m’ont interrogée, et, sur ma réponse, ils ont rendu un décret qui élève à la dignité de citoyens tous ceux dont les noms sont inscrits sur la voile triomphale du combat des Arginuses.
Non, je reste avec vous pour vous aider, jusqu’à ce que, relevé de ce désastre, ton père te donne à moi pour récompense.
Bactis, tu vaux mieux que moi ! Aide-moi, par ta piété, à désarmer la vengeance du ciel ! (À la Pauvreté.) Et toi ! toi dont j’ai trop méprisé les conseils, inspire-moi la patience, rends-moi le courage et l’espoir.
Je te l’avais bien dit, que tu me rappellerais !