Toine (1885) donne son titre à un recueil de nouvelles de Maupassant dont le récit principal met en scène un aubergiste normand jovial et obèse, Toine, dont l'épouse acariâtre, lassée de son embonpoint et de son inactivité après une attaque qui l'a laissé paralysé, en vient à exploiter sa position couchée pour le forcer à couver littéralement des œufs sous ses couvertures comme une poule, situation aussi comique qu'humiliante que Toine finit par accepter avec la même bonhomie résignée qui caractérise ce personnage haut en couleur du terroir normand. Maupassant y déploie tout son talent pour l'observation savoureuse et légèrement cruelle des mœurs paysannes normandes, mêlant un comique populaire truculent à une critique sous-jacente de la domination conjugale, dans la lignée de ses autres recueils consacrés à la campagne normande comme Contes de la bécasse. Confié aux éditeurs Marpon et Flammarion pour une parution initialement prévue fin 1885, le recueil, composé de dix-sept nouvelles déjà parues en presse entre juin 1883 et mars 1885, ne paraît finalement qu'en janvier 1886 afin de ne pas concurrencer la sortie de Monsieur Parent, et se distingue par les illustrations originales de Paul-Eugène Mesplès accompagnant chacun de ses dix-huit récits, dont le conte-titre qui ouvre le volume. La nouvelle-titre, qui met en scène un aubergiste jovial contraint par sa femme à couver des œufs, illustre le mélange caractéristique chez Maupassant entre observation truculente des mœurs paysannes normandes et cruauté sous-jacente des rapports conjugaux, veine comique et grinçante qu'il cultive dans plusieurs autres recueils de la même période. Ce report de quelques semaines dans le calendrier éditorial de Marpon et Flammarion illustre les contraintes commerciales concrètes auxquelles Maupassant, alors au sommet de sa production et de sa popularité, devait composer pour ne pas saturer le marché avec plusieurs parutions trop rapprochées. Ce recueil, aujourd'hui moins connu du grand public que Boule de Suif ou La Parure, reste néanmoins apprécié des lecteurs assidus de Maupassant pour sa verve comique et sa peinture savoureuse de la Normandie rurale.