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Classiquesen Ligne

Scène IX

LE VICOMTE, HERBELIER.
HERBELIER, sans voir le vicomte.

Pas moyen de dormir avec leur sacrée musique !

Il bâille.
LE VICOMTE, apercevant Herbelier.

Oh ! le beau vieillard !

HERBELIER, apercevant le Vicomte.

Un nouveau. Encore un nouvel invité ! (Il salue de la tête.) Monsieur !

LE VICOMTE, saluant aussi de la tête.

Monsieur !

Il se remet à jouer avec les cartes.
HERBELIER.

Vous aimez la danse, à ce que je vois ?

LE VICOMTE.

Pas énormément, monsieur !

HERBELIER.

Eh bien ! vous êtes comme moi ! Enfin j’en trouve un qui est comme moi !… Mais alors, puisque vous n’aimez pas ça, qu’est-ce qui tous empêche d’aller vous coucher ?

LE VICOMTE.

J’en ai bien envie !

HERBELIER.

Vous auriez bien tort de vous gêner !

LE VICOMTE, se lève et se dirige vers Herbelier.

Malheureusement, je ne suis pas ici pour mon plaisir… Je viens pour une présentation : on veut me marier !

HERBELIER.

Alors, n’hésitez plus et rentrez chez vous au pas de course.

LE VICOMTE.

Vous croyez ?

HERBELIER.

Vous voulez vous marier et vous n’aimez pas le monde ! Mais, une fois marié, vous y serez jusqu’au cou, dans le monde ! vous en aurez à domicile ! Vous n’aurez pas comme maintenant la ressource de vous en aller… Vous ne serez plus libre !…

LE VICOMTE, frappé.

C’est vrai que je ne serai plus libre…

HERBELIER.

Tenez, jeune homme, je ne vous connais pas et vous ne me connaissez pas… Vous me dites que vous allez vous marier. Il est possible que le parti qu’on vous propose soit un parti avantageux ; mais, sans savoir qui vous allez épouser, permettez moi de vous dire qu’il faut réfléchir. C’est grave, vous savez ! On se laisse présenter en disant : ça n’engage à rien. Mais rien n’engage à rien. Tout engage à tout. Une fois que la présentation sera faite vous commencerez à être lié.

LE VICOMTE, convaincu
.

C’est effrayant…

HERBELIER.

Vous ne pouvez plus vous retirer sans risquer de désobliger quelqu’un… Vous me direz que, si vous avez l’idée de vous marier, il faudra toujours faire les premières démarches…

LE VICOMTE.

Oui !… Voilà !…

HERBELIER.

À moins que vous ne rencontriez dans le monde une jeune fille que vous connaîtriez et que vous aimiez peu à peu.

LE VICOMTE.

Ce n’est pas mon genre… Et puis il faudrait avoir la persévérance de faire les bals blancs !

HERBELIER.

Ne m’en parlez pas.

LE VICOMTE.

Non, si je veux me marier, il faut m’y décider brusquement et sans réfléchir. Alors… je ferais peut-être mieux de rester…

HERBELIER.

Mais non, mais non ! Vous êtes-vous demandé d’abord si vous étiez bien décidé à vous marier ?

LE VICOMTE.

Je veux me marier… parce que je me sens… un peu… seul.

HERBELIER.

Il est toujours temps de n’être plus seul. Tandis qu’une femme, il est assez difficile de s’en débarrasser.

LE VICOMTE.

Vous avez raison, je m’en vais… D’ailleurs il y a quelque chose de providentiel dans cette rencontre. J’aurais tort de négliger cet avertissement… Je m’en vais… Pourvu que je ne rencontre personne.

Il se dirige vers le fond.
HERBELIER, le rappelant par un signe de tête.

Tenez ! vous allez passer par cette chambre. (Il montre la petite porte de droite.) Vous trouverez une porte, qui vous conduira au jardin dans une allée où vous ne rencontrerez personne. Vous n’aurez qu’à suivre cette allée pour arriver jusqu’à la grille d’entrée…

Il l’accompagne en lui disant ces mots.
LE VICOMTE, près de la porte de droite.

Comme vous connaissez les aîtres !

HERBELIER.

Je suis le maître de la maison.

LE VICOMTE, stupéfait.

L’éléph…

Il s’arrête interdit, la main sur le bouton de la porte.
HERBELIER, complaisant.

L’éléphant blanc…

LE VICOMTE.

Voilà qui n’est pas ordinaire !… Monsieur…

Il salue et s’esquive par la petite porte.
HERBELIER, seul.

Celui-là me parait plus raisonnable que les autres !