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Classiquesen Ligne

Scène PREMIÈRE

LA BARONNE PÉPIN, D’AVRON.
BERTRAND D’AVRON.

Oui !… Je ne dis pas… Ces Herbelier ont de bons côtés.

LA BARONNE.

Vous savez qu’ils sont à Nice, arrivés de ce matin même, dans cet hôtel. C’est-à-dire que la jeune fille est ici avec son père. Madame Herbelier n’arrivera que dans l’après-midi.

BERTRAND D’AVRON.
Elle a passé ces jours-ci dans ses terres de Seine-et-Oise pour cacher sa honte.
LA BARONNE.

Qu’est-ce que vous me racontez-la ? Elle n’a pas de honte à cacher.

BERTRAND D’AVRON.

Vous direz ce que vous-voudrez, ma chère amie. Votre proposition part d’un bon naturel ; mais ça m’ennuie un peu de venir demander la main d’une jeune fille juste quinze jours après une affaire comme celle-là !

LA BARONNE.

Allez ! allez ! je vous laisse aller ! Et voilà pourtant comme on écrit l’histoire ! Je sais, moi, comme les choses se sont passées. Il est très vrai qu’au dernier moment Houdan — un garçon sur le compte duquel je suis bien revenue — enfin celui que vous appelez Triplepatte, n’a pas prononcé son « oui »… Mais les gens qui sont au courant vous diront pourquoi : C’est parce qu’il savait très bien que la jeune fille allait répondre : « non ».

BERTRAND D’AVRON.

Oui, madame ! oui, madame ! Racontez ça comme vous voudrez ; mais, moi, je connais Triplepatte.

LA BARONNE.

Mais moi aussi, je connais Triplepatte ! Hélas !

BERTRAND D’AVRON.

La seule raison qui aurait pu lui faire dire oui, c’était de penser que la jeune fille allait dire non.

LA BARONNE.
Vous êtes mieux renseigné que moi !
BERTRAND D’AVRON.

Et puis, au fond, qu’est-ce que ça fait, ma bonne amie ? Je sais très bien que je ne suis pas un parti merveilleux.

LA BARONNE.

Vous ! avec votre nom, vos relations…

BERTRAND D’AVRON.

Allez, raconter ça à la famille Herbelier. Je veux bien qu’on en fasse accroire aux autres, mais pas à moi.

LA BARONNE.

Vous ne savez pas ce que vous valez.

BERTRAND D’AVRON.

Si ! si ! je suis loin de valoir Houdan. Je n’ai pas ses espérances… Je n’ai pas, à beaucoup près, son chiffre de dettes.

LA BARONNE.

Vous n’avez pas besoin de le dire.

BERTRAND D’AVRON.

Je sais très bien que si cette famille d’éléphants (Mouvement de la baronne) consent à m’accueillir dans son sein, c’est parce que la jeune personne en question se trouve en ce moment moralement défraîchie par un scandale récent. C’est un peu ce qu’on appelle un solde.

LA BARONNE.

Vous, avez des expressions à faire frémir !

BERTRAND D’AVRON.
Frémissez ! ne vous gênez pas.
LA BARONNE.

Vous parlez de scandale ! mais il n’y a pas de scandale là dedans ; du moment qu’on demande à un monsieur de dire oui ou non, c’est qu’il a le droit de dire non !… Vous vous trompez, du reste, si vous croyez que la famille en a été affectée…

BERTRAND D’AVRON.

Vous vous donnez beaucoup trop de mal avec moi. Je me rends bien compte, comme vous, qu’il y a là une occasion superbe et que je serais un niais si je n’en profitais pas.

LA BARONNE.

Je n’aurai pas de joie plus chère que d’assurer votre bonheur.

BERTRAND D’AVRON.

C’est entendu. Allez-y, je marche.

LA BARONNE.

Je marche ! Vous n’avez aucune poésie !