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Classiquesen Ligne

Scène V

BAUDE-BOBY, puis LE VICOMTE DE HOUDAN, UN GARÇON.
BAUDE-BOBY, entrant.

Je vais porter mon article à la grande poste. (Au garçon qui vient desservir le thé.) Avez-vous de nouveaux arrivants depuis ce matin ?

LE GARÇON.

Non, mais je crois que voici un nouveau voyageur qui arrive derrière vous.

On voit entrer des porteurs de malles, puis le yicomte.
BAUDE-BOBY.

Qu’est-ce qui se passe ?

LE VICOMTE, apercevant Baude-Boby.

Boby ! Tu sais, je l’échappe belle ! J’étais à l’hôtel Cimiez, et j’apprends que la baronne Pépin y est descendue aussi. Alors, je Viens ici.

BAUDE-BOBY.

Ici ? Tu n’y auras pas le voisinage de la baronne Pépin, mais tu te trouveras avec d’autres personnes que tu connais… y compris la famille Herbelier.

LE VICOMTE, aux porteurs.

Remportez ça sur l’omnibus et allez à la gare, j’y vais aussi.

Les porteurs reviennent sur leurs pas.
BAUDE-BOBY.

A la gare, tu rencontreras ton ancienne belle-mère.

LE VICOMTE, aux porteurs.

Arrêtez !… (Les porteurs s’arrêtent.) Suivez-moi, ou plutôt ! non ! chargez ça sur l’omnibus et allez à la gare en faisant un grand détour. Je ne veux même pas qu’elle aperçoive mes malles. Moi, je vais à la gare à pied par le boulevard, (À Boby.) Par quel train arrive-t-elle ?

BAUDE-BOBY, tirant sa montre.

Elle doit arriver dans une demi-heure.

LE VICOMTE.

Alors je n’ai pas besoin de me presser, je suis encore en sûreté.

BAUDE-BOBY.

D’autant plus que le père Herbelier et sa fille doivent être à la gare.

LE VICOMTE.

Eux ils ne me font pas peur. Le père Herbelier, toute cette affaire l’a laissé froid. Quant à la

jeune fille… Ce qui m’ennuie, dans toute cette histoire-là, c’est que j’ai été incorrect !
BAUDE-BOBY.

Eh bien ! Elle n’est pas mauvaise, celïe-là ! Tu as si peur que ça d’être incorrect ? On ne le dirait pas.

LE VICOMTE.

C’est comme ça ! Je voudrais bien connaître quelqu’un qui puisse approcher cette jeune fille et m’excuser auprès d’elle. D’ailleurs, si jamais je la rencontre, je lui dirai cela moi-même.

BAUDE-BOBY, qui est à la porte du salon de lecture et qui regarde par la vitre.

Tu n’as pas besoin d’aller bien loin si tu veux la voir. (Il revient vers le vicomte.) Elle est là… en train d’écrire.

LE VICOMTE, gagnant la droite.

Alors je file. (S’arrêtant.) Elle est là ?

Il remonte vers le fond.
BAUDE-BOBY.

La voilà qui vient par ici. Viens-tu ?

Il sort par la droite ; le vicomte hésite puis sort derrière lui. Yvonne paraît, tenant des lettres à la main, et se dirige vers la boite aux lettres de l’hôtel. Au moment où elle met les lettres dans la botte, elle aperçoit de l’autre côté du vitrage de la véranda le

vicomte qui l’a vue aussi, qui s’arrête et la salue… Elle lui répond par une légère inclinaison de tête, puis se dirige vers la droite et s’assied devant une table. Pendant ce temps, on voit, à travers le vitrage de la véranda, le vicomte qui s’éloigne, puis revient, regarde Yvonne de loin, s’éloigne encore, revient, s’arrête un instant, puis prend son parti, entre par la porte de la véranda et se dirige vers Yvonne.