I
Comme l’eau de la Rivière
S’écoule le Temps :
À peine est-il en arrière,
Qu’il est en avant.
Dans une matinée si limpide qu’elle n’existe presque pas ; où l’œil chercherait en vain, au-dessus de lui, un nuage ; sous la lumière qui est une eau pure ; au centre d’un verger rose pâle, qui est une constellation ou un grand madrépore, Madeleine a seize années dans le cœur aussi bien qu’un nid a des fauvettes.
Elle va, de ce pas incertain de la jeune fille qui rêve seule, et, comme la lessive l’éblouit, elle abaisse sur les myosotis de ses yeux les violettes blanches de ses paupières.
— Mademoiselle ! Mademoiselle ! On vous demande !
— Madeleine ! Madeleine !
— Mais qu’y a-t-il ?
— Madeleine !
— Quoi, maman ?
— Viens, je t’en prie, ô viens ! viens !… Je crois, je crois… ô mon Dieu !
C’est la grand’mère de Madeleine, la maman de sa maman, que l’on vient de trouver morte dans son lit. Et les abeilles continuent de bourdonner dans le verger où la jeune fille n’est plus.
Bonne-maman morte ressemble à l’hiver. Madeleine pleure, pleure comme le rameau de la vigne, et elle ne peut faire autrement que de ressembler au mois d’avril. Dès que la mort de la chère vieille est connue au village, tout le monde vient consoler Madeleine et sa mère qui est veuve.
Vous savez bien, cette lumière rousse du cierge dans le jour que laissent filtrer les volets fermés ; et cette assiette avec de l’eau bénite où trempe un laurier ; et le crucifix de métal blanc ; et ces mains bleues, sur la robe noire, nouées d’un chapelet. Ainsi soit-il.
On enterra, le surlendemain, bonne-maman qui était bien pieuse. Qu’il faisait beau ! Quelques gouttes d’orage tombèrent dans le soleil : les larmes des affligées. Un petit chat qui se peignait auprès de la fosse, et qui fermait les yeux en songeant à un lézard, s’enfuit en voyant arriver le cortège.
Dès lors Madeleine et sa maman se mirent toutes seules à table.