Ruisseau du massif de Soknafi ou Mikoungo
(à 2 kilomètres de Bammako entre les carrières et la route de Kayes).
Le ruisseau du Soknafi passe dans Bammako tout près du poste. En amont des carrières de grès de Bammako, servant à l’empierrement de la route, il coule dans la vallée au milieu des champs de Mil. Sa largeur est seulement de 1 à 2 mètres. Sur des sables desséchés qui sont dans son lit, croissent quelques herbes et une Fougère ; sur les bords, une touffe d’Ampelocissus en fleurs (Vigne du Soudan) a des tiges divergentes hautes de 0 m. 50 à 1 mètre et formant de petits buissons. Je trouve aussi une Papilionacée à fleurs jaunâtres et à feuilles entières ; c’est une sorte de mébé en fleurs et fruits grimpant dans les buissons. Au bord du ruisseau, croissent de nombreux et beaux Ficus nommés toros par les indigènes, et des n’tabas en fleurs. Ces fleurs visitées par les fourmis ont des corolles souvent mutilées.
C’est sur ce ruisseau, à 1 kilomètre environ du poste, que se trouve la jolie cascade que l’on entend bruire à plusieurs centaines de mètres de distance. L’eau tombe du haut du Soknafi sur des rochers en gradin d’une longueur de 150 mètres environ. Les bords de cette chute sont occupés par une verdure épaisse, formée surtout de massifs de lianes se rejoignant d’un bord à l’autre. Du côté du nord, croissent de petites colonies d’un Adianthum annuel, desséché en cette saison. Du côté exposé au soleil, il y a de nombreuses touffes d’un Aspidium en pleine végétation qui croît indifféremment entre les fentes des rochers ou sur la terre. Dans le lit même du ruisseau, se trouvent des masses énormes de radicelles formant des paquets de queues de renard, à travers lesquelles l’eau filtre goutte à goutte. Sur ces racines ainsi que sur les pierres s’observent quelques Mousses. Je remarque aussi quelques Hépatiques, des Algues vertes, des Diatomées rougeâtres ; dans les fentes se trouvent quelques gros arbres, notamment des n’tabas, des Ficus, des Papillonnacées grimpantes et surtout l’Abrus precatorius L. dont la spontanéité n’est pas douteuse au Soudan. A cette époque de l’année ses feuilles se dessèchent, les gousses mûres s’entr’ouvrent et laissent voir les graines d’un beau rouge vif avec leur petite cicatricule noire. D’autres graines assez analogues, mais à cicatricule blanche, proviennent d’une Papilionacée ligneuse appelée daro en Bambara[2].
Les racines mises à nu des diverses essences qui constituent la végétation de la cascade forment parfois des masses si épaisses que l’eau s’y perd et passe dessous. Sur le haut de la montagne du Soknafi, le terrain est caillouteux, très ferrugineux. La roche de grès fin, tendre, a été décomposée, et il s’est formé en dessus une roche rouge plus ou moins caverneuse. C’est généralement un poudingue analogue, par son origine, au limon des plateaux, s’en allant aisément en rognons (variant de la grosseur d’une prune à la grosseur du poing) pendant la saison des pluies et jonchant toute la surface de ces cailloux. La végétation sur ce sol est à peu près nulle. On aperçoit de grandes surfaces dénudées ou des espaces occupés par de petites Graminées tout à fait desséchées. Dans les rochers on trouve la grande Euphorbe cactiforme, très rameuse, atteignant jusqu’à 3 mètres de haut, ainsi qu’un Tephrosia à folioles d’un blanc argenté en dessous, à tige ligneuse à la base. Le plateau est couvert de blocs ferrugineux épais.
Dans la partie la plus escarpée du roc, une calebasse est remplie de petits cailloux roulés, arrachés au poudingue par le ruissellement ; ce sont de petites pierres formées de minerai de fer (limonite) presque pur, avec lequel les indigènes chargent parfois leurs fusils. Tout indigène qui se rend à la ville par le sentier au bord duquel est placée la calebasse doit y déposer lui-même son petit caillou, s’il veut éviter les mauvais sorts. Les musulmans eux-mêmes se conforment à ces usages fétichistes.