Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

Visite au champ de cultures de M. Gilium.

Ce champ se trouve à 1.500 mètres de Bammako, dans la vallée très fertile du Niger.

On creuse le sol pour en retirer une argile blanc-grisâtre qui, desséchée au soleil, sert à faire des briques non cuites. Cette couche est ordinairement couverte d’une épaisseur de terre végétale de un mètre. Ce terrain, situé entre les fours à chaux et le Niger, est parsemé de petits canaux, pleins d’eau en toute saison, qui drainent l’humidité et tiennent le sol très frais. Toutes les excavations faites pour avoir des fontaines ou pour se procurer de la terre à brique sont aussitôt remplies d’eau. C’est là que MM. Gilium et Pillet comptent demander une concession de 40 hectares et où ils ont déjà fait des essais de semis de blé.

Fig. 3. — Nègres apportant du caoutchouc sur le marché de Siguiri (Soudan).

La culture du blé est excessivement intéressante. C’est le point le plus méridional du Soudan où cette culture ait réussi ; mais elle est très coûteuse par suite des soins qu’elle réclame. L’ensemble reviendra à plus de 500 francs, soit un peu plus de 0 fr. 50 le litre. Le terrain était déjà cultivé en blé de temps immémorial par un indigène qui suspendit la culture à l’arrivée des bandes d’El-Hadj-Omar, par suite du refoulement des Maures qui n’étaient plus à Bammako pour consommer le blé. M. Gilium a repris cette culture cette année même. Le blé ensemencé est le blé de Tombouctou.

Les essais faits par M. Gilium avec les blés d’Espagne et d’Algérie n’ont pas eu de succès. Le meilleur blé a été semé en octobre. Les semis les plus tardifs ont mal réussi. Quelques pieds commencent à avoir des épis et des chaumes jaunes, mais non encore mûrs. Ces chaumes ont une hauteur de 0 m. 80 à 1 mètre. Je n’ai vu sur ce blé ni parasite, ni rouille, ni Ustilaginée, ni ergot. Certains épis sont seulement un peu enroulés sur eux-mêmes et paraissent avortés. Ils se sont mal épanouis au sortir de la gaine. Dans les épis presque mûrs, les grains sont petits et paraissent fort légers. Une planche a été repiquée ; elle est bien plus vigoureuse et offre un plus grand nombre de chaumes par souche. J’ai compté des touffes qui avaient de 15 à 25 chaumes à raison de 7 à 8 paires de groupes d’épillets par épi et 3 grains par groupe d’épillets, soit 60 grains par épi. Cette quantité est tout à fait exceptionnelle, car les épis à 15 et 20 grains sont les plus nombreux. De même, dans les carrés qui n’ont pas été replantés, les touffes sont très fournies sur les bords des carrés ou des allées, tandis qu’à l’intérieur il n’y a ordinairement que de 1 à 3 chaumes par pied. Les touffes repiquées sont un peu plus avancées comme maturité. Elles sont distantes de 0 m. 15 à 0 m. 20 ; les feuilles sont encore très vigoureuses. Ces blés sont arrosés deux fois par jour. Le sol lui-même est très humide. M. Gilium a fait creuser des rigoles pour faire écouler l’eau. L’indigène qui soigne ce blé et qui le cultivait avant l’arrivée de M. Gilium, prétendait qu’en drainant ainsi, on empêcherait le blé de pousser. Il se trompait, car là où les pieds sont au fond des rigoles, ils ont des souches bien plus fournies. C’est probablement l’excès d’humidité qui est cause de ce beau développement. M. Gilium a fait aussi des essais de blé de graines d’Algérie et d’Espagne. Ils n’ont pas réussi. Il est vrai que les ensemencements avaient été faits tard. Les souches se sont bien développées ; les chaumes sont nombreux et les feuilles abondantes, mais ils ne sont pas montés, et les feuilles sont plutôt retombantes.

Les autres cultures de M. Gilium sont prospères. Je remarque des petits pois et des haricots nains chargés de gousses. Il est à noter que tous les légumes de France cultivés au Soudan ont une taille bien plus petite que dans les pays tempérés. Cela tiendrait-il à la sécheresse qu’ils endurent au milieu du jour ? On les arrose généralement matin et soir dans les jardins des postes, mais l’arrosage, pratiqué après 8 heures du matin, aurait pour résultat de brûler les feuilles et pourrait même tuer en quelques jours de jeunes semis, tant est grande l’évaporation. Les choux, les laitues, les asperges de France sont semés en ce moment. L’asperge indigène ne vaudrait rien. Les laitues et les chicorées montent très vite. Les choux-fleurs réussissent à condition qu’on les couvre avec des feuilles dès qu’ils commencent à se développer. Les melons réussissent également, mais il faut les envelopper avant leur maturité. Cette précaution leur permet de mieux mûrir et empêche un ver de s’y mettre.

Une cressonnière est établie sur le bord du ruisseau. Le cresson se présente toujours sous la forme à petites feuilles de France (var. microphylla). Il réussit admirablement à condition qu’il y ait toujours de l’eau copieusement. En plusieurs points de la ligne des convois, on utilise les voitures Lefèvre hors de service pour faire des cressonnières en les remplissant de terreau et en y versant deux ou trois seaux d’eau chaque matin. Au bord du fleuve on exploite les coquilles d’une huître d’eau douce, du genre Etheria, pour la fabrication de la chaux.

Parmi les plantes que je remarque au bord du Niger se trouve le Polygonum amphybium L.