Tabacoroni. — Koumantou.
13 avril. — Nous partons de Dialacoro à 4 heures, et nous longeons, de nuit, le bord d’une sorte de marigot tout bordé de bans. Vers 6 heures, on passe à côté d’un village détruit.
Les bans sont très communs le long du chemin de Bougouni à Sikasso. Le fruit en forme de prune gluante est commun dans les ruines. On revoit cet arbre dans le village de Koumantou qui paraît avoir eu une grande importance, mais qui est maintenant en partie détruit. Les fromagers et surtout les baobabs sont très communs tout autour.
Ce village a été composé de plusieurs groupes de cases, assez éloignées les uns des autres, et dont chacun est entouré d’une tata. Il y a un seul puits pour le village. L’eau, de couleur blanchâtre, est détestable. Une quinzaine de moussos se livrent aux travaux du ménage (lavage des calebasses), de la toilette (lavage du linge) tout autour ; l’eau qu’elles rejettent forme des flaques fétides autour du puits où elle s’écoule.
Nous arrivons à Tabacoro à 10 heures. Il y a deux villages, distants de 200 mètres l’un de l’autre. J’y remarque plusieurs beaux baobabs, des plants de sosa. Dans les bas-fonds marécageux, près des jardins, j’aperçois de beaux bosquets de ban avec une grande liliacée, des Vitis à tige ailée ; une Cypéracée à petites têtes blanches. Le kounocois existe dans ce massif en une quinzaine d’exemplaires paraissant spontanés.
Le Fou. — Dans le pays, une partie des jeunes gens doivent faire le métier de fou ; ils amusent les habitants et les passants. Leur coiffure consiste en un chapeau surmonté de têtes d’oiseaux plus ou moins mutilées d’où pendent de tous côtés des morceaux d’os, ainsi que des queues de moutons, de chèvres, de singes. Ils sont vêtus d’une sorte de cotte-maille, formée d’un filet qui fut un hamac, et d’une culotte dont les deux jambes sont inégales. Des cornes, des plumes et des fruits divers, sont suspendus autour de lui. Il saute, gesticule et paraît beaucoup s’amuser de la gaieté des autres. Il porte autour du cou un sac immense destiné à mettre le mil qu’on lui donne et qui semble assurer sa nourriture. Il paraît qu’il cultive d’ailleurs un lougan.
Autour des villages de Tabacoro, il y a beaucoup de palmiers ; l’un est le ban, le plus commun, formant des massifs entiers ; l’autre est le cebi qui présente seulement des individus isolés dans le lougan autour du village.