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Classiquesen Ligne

Sikasso

Du 19 avril au 6 mai. — Sikasso est situé au fond d’une cuvette où coule un marigot qui partage en deux la ville dont le pourtour est de 9 kilomètres et demi. Recouverte de cases éventrées (dont les quatre cinquièmes étaient inhabitées), parcourue d’un labyrinthe de ruelles étroites encombrées d’immondices ou d’herbes sauvages, tel était l’aspect de la ville au mois de mai 1899, un an après l’occupation française.

La tata en certains points mesure 10 mètres d’épaisseur. Actuellement la population est de 7 à 8.000 habitants. Mais elle a été de 40.000 à 60.000 individus au moment de la prise de Sikasso. La plupart étaient des captifs razziés par Bademba : ils sont retournés à leurs villages après la prise de Sikasso par la colonne Audéoud. Il y eut environ 2.000 tués, soit le jour de l’assaut, soit durant les attaques précédentes. Des crânes nombreux jonchent encore le sol.

En mémoire des capitaines Loury et Gallet qui furent tués pendant l’attaque, deux grandes artères, ouvertes dans la ville à travers les cases, s’appellent avenue Loury et avenue Gallet. Le pays est parfaitement soumis aujourd’hui. Le vrai nom de Bademba était Balémé. Les environs de la ville sont entièrement déboisés sur un pourtour de 8 à 10 kilomètres et tout a été cultivé en lougan. Actuellement on commence à préparer la terre en monticules pour la plantation du mil. Ces monticules se font à l’intérieur même de Sikasso sur l’emplacement des cases détruites.

Le marché a une importance plus grande que celui de Bammako. Comme produits curieux, je rencontre chez les détaillants : du gan ni fing, sorte de piment noir (Uvaria æthiopica Rich.) ; des n’ton petits tubercules de Cyperus esculentus L. ; du cori, os brûlé employé par les fileuses de coton ; du ségué, concrétion grisâtre obtenue par le lavage des cendres de néré (Parkia africana R. Br.), et contenant surtout de la potasse qui sert à faire le savon.

D’après les renseignements recueillis auprès des officiers de Sikasso, le citronnier à petits fruits existerait dans la brousse et y serait même commun en certains endroits : sur la route de Bammako, au sud de Sindou, dans le territoire de Kong, autour de Bouaké, etc. D’après un sous-officier de Bobo, on n’en voit guère qu’un individu tous les 30 kilomètres, dans la brousse, entre Bammako et Sikasso.

Jeudi 4 mai. — Excursion à un petit marigot avec cascade situé à 3 kilomètres, au sud-est du poste de Sikasso. La chute est de 2 mètres environ. L’eau est claire. Le terrain est formé de grès tendre facile à débiter en minces plaquettes micacées ; quelques grandes plaques plus dures et plus quartzeuses présentent des traces d’empreintes mécaniques (ripples marks) analogues à celles observées à Sikasso. Ces grès ont une stratification presque horizontale. Au-dessous de la chute, il y a une cuvette assez profonde, souvent habitée par des caïmans.

Les rives du marigot sont fraîches, environnées d’une étroite galerie. On y trouve de nombreux arbustes verts : bambous, ban (Raphia vinifera Beauv.) ; Pandanus en fruits ; liane goïne, dont quelques petits buissons existent au bord ; kobi, (Carapa Touloucouna). Au bord du marigot, sur la rive gauche, se produisent de petits suintements d’eau et sur le sol très marécageux, à végétation courte, on observe trois Utriculaires, un Drosera, une Selaginelle, des Algues vertes, de petites flaques à dépôts rouges ferrugineux (Diatomées). Le fond de la végétation de ce terrain marécageux est formé par des Cypéracées nombreuses presque toutes en floraison ou en fructification et par quelques Graminées.

Dans le lit du marigot sur des pierres qui arrivent presque au niveau de l’eau, des plantes à fleurs blanches en grappes émergent au-dessus de l’eau ; quelques-unes seulement submergées, à tiges allongées, sont couchées dans le courant. Ces plantes existent aussi sur les parois mêmes de la chute. Quelques Algues vertes s’y trouvent ainsi que sur les pierres submergées. Une Nitelle croît au bord du ruisseau dans un endroit peu profond (15 centimètres) et où l’eau n’est pas courante.

Au milieu du marigot, avec une Scrophularinée aquatique à fleurs blanches, se trouve encore une plante à longues tiges allongées au fil de l’eau, aux points où le courant est rapide et ressemblent à des Myriophyllum.

Mission A. Chevalier, 1899-1900. Sénégal-Soudan.

(Cliché de M. Hostelier.)

Fig. 4. — Bords d’un marigot de la zone guinéenne.