De Bobo-Dioulasso à San par le Minianka.
Mardi 6 juin 1899. — Sakami. — Banankalidoro. — Nous partons de Bobo à 6 heures du matin. Le sous-lieutenant m’accompagne jusqu’à Sakami.
Sur toute la longueur de la route, le pays est assez monotone, occupé presque partout par des lougans ou par des emplacements de lougans où croît une maigre végétation. Quelques karités ont encore des fruits. Tous les nétés, sans exception, sont dépouillés de leurs gousses. Le oro et le saba constituent parfois le fond de la végétation. Je remarque l’Orchidée à fleurs violettes qui est très commune ; quelques touffes croissent dans l’humus, remplissant les anfractuosités (exposées à la lumière) des vieux arbres. Ses feuilles commencent à se développer. La Monocotylédone à fleurs liliiformes croît çà et là ; quelques individus ont leurs fruits (non mûrs).
A Bobo, Sakami et Banankalidoro, les indigènes travaillent activement à leurs lougans ; presque partout l’ensemencement est terminé depuis une huitaine de jours. Dans tous ces lougans, j’ai vu planter le mil en place. La terre bien débarrassée des herbes n’est ni labourée, ni bêchée. Le planteur de mil porte à la main une petite corbeille contenant des graines et de l’autre une daba à manche court, à lame étroite. Il donne à sa droite et à sa gauche un coup de houe, pour enlever une motte de terre, laisse tomber de deux à six graines (souvent trois) et rabat rapidement la terre. L’opération étant faite à droite et à gauche, le noir avance d’un pas et continue ainsi, restant toujours courbé vers le sol. Malgré cette position fatigante, qu’il garde constamment, l’indigène effectue son travail rapidement. Les trous sont espacés de 70 à 80 centimètres aussi bien dans un sens que dans l’autre et disposés en lignes assez régulières.
Ce serait une erreur de croire que les indigènes ne fument pas leurs lougans. Ils transportent dans leurs champs les ordures de l’intérieur des villages : débris de cuisine, nettoyage des cases, fientes de moutons, de chèvres, crottin de cheval et même excréments humains. Ces engrais sont disposés dans les champs, quelque temps avant l’ensemencement, en petits tas de 20 centimètres de diamètre aux points où on déposera des graines. J’ai vu fumer ainsi le mil à Bobo, à Banankalidoro. Le mil lève en quatre jours par un temps humide, mais il est bien plus long à germer par un temps sec. La semence peut même être perdue si la chaleur persiste. Les jeunes pieds (et les graines) sont enfoncés dans le sol de 3 centimètres environ. J’ai vu de jeunes plantules, germées depuis quelques jours seulement et possédant quatre feuilles, avoir les deux inférieures déjà couvertes de la rouille du mil. Pour l’ensemencement des lougans, les moindres places sont utilisées : l’emplacement des cases démolies, les places mêmes, les abords des cases. Ces terrains, beaucoup plus riches en humus que les autres, produisent le mil en plus grande abondance.
A Bobo, pendant mon séjour, on ensemençait autour du marché, à l’intérieur même de la ville. A Sikasso, on utilisait la partie détruite de la ville. Les femmes ensemencent aussi, mais leur travail avance moins et elles ne font souvent qu’une rangée de trous à la fois. Lorsque, par suite des pluies, il s’est développé trop d’herbes dans la terre avant l’ensemencement, on les arrache toutes. Dans tous les champs de Banankalidoro, les habitants sont en ce moment occupés à arracher un Cyperus en fleurs qui pousse en telle quantité dans le lougan, qu’il en constitue à lui seul la végétation. C’est après sa destruction seulement qu’on fera l’ensemencement.
Dès que les jeunes mils sont sortis de terre, on commence le sarclage en arrachant encore toutes les mauvaises herbes qui lèvent. Plus tard, l’opération du binage sera pratiquée. Il n’y a, je crois, que l’ensemencement du mil qui tire les indigènes de leur torpeur et de leur apathie. Ils le soignent certainement avec plus de sollicitude que notre paysan soigne son blé. Chaque fois que Guimbi, la sœur du roi de Hong, venait nous voir, elle parlait de son mil, et se lamentait quand l’eau était plusieurs jours sans tomber.
Le palmier rônier sibi est commun autour des villages de Sakobi et Banankalidoro. Son tronc ici n’est généralement pas moniliforme. Cela tient, je crois, à ce que l’on en saigne les arbres bien plus rarement. La plupart, en effet, offrent une belle couronne de feuilles (une trentaine par arbre). Ces palmiers existent aussi çà et là dans les vieux lougans. Leur tronc est souvent très étroit dans la moitié inférieure et devient brusquement plus gros dans la moitié supérieure. Le tronc est fréquemment couvert de plaques de lichens (non fructifiés). Quand la base du pied est un peu déterrée, on aperçoit un court cône de racines adventives, noires, rayonnant à la base.
A Banankal, il y a d’assez nombreux finzans encore chargés de fruits, quelques fromagers ; quelques Acacias à cime aplatie en ombelle large, à écorce blanche ; quelques baobabs, un exemplaire de l’arbuste à fleurs blanches, bicomposées, planté à Kayes et Saint-Louis. Les habitants du village ont chacun un coin de terre (jardin) entouré d’un enclos de tiges entières de mil tressées. Dans l’un des enclos, j’observe des maniocs cultivés et des jeunes pieds de mil. Dans un coin de lougan, je remarque aussi de jeunes plants de maïs. Les trous de mil et de maïs alternent. Il y a de trois à cinq plantules par trou. Le maïs commençant à lever est facile à distinguer du mil ; ses jeunes feuilles sont bien plus larges.
Au milieu des lougans, on observe des pieds de :
Tingué (presque tous les fruits sont tombés) ;
Strophantus : l’espèce à longs fruits très velus. Les feuilles sont souvent rongées, érodées par les insectes.
Fafetone appelé baga (dioulas). Son latex associé au Strophantus sert à empoisonner les flèches ;
Indigué bagani : les fruits servent aussi à empoisonner les flèches.
Le pourpier est assez commun dans le village. On emploie, pour faire la sauce de couscous, le quiquiri, le tombi, les jeunes pousses de l’Amaranthe sauvage.