Samandini. — Campement sur les bords de la Volta.
Au départ de Bama, on traverse des lougans de grande étendue. Tous les jeunes pieds de mil, sans exception, sont couverts sur leurs cotylédons et leurs feuilles, de la rouille des Graminées. Cette maladie se retrouve aussi fréquente à Dandéla et à Samandini. Elle se développe dès que la petite feuille cotylédonaire est étalée. Sur les pieds déjà âgés, les feuilles les plus récentes portent le champignon à leur extrémité ou elles n’en ont pas du tout. Mais à ce moment, les premières feuilles sont déjà complètement mortes, tuées par le champignon. Une rouille analogue se trouve sur les jeunes pieds de maïs. Je l’ai observée à Samandini. Des rouilles noires se trouvent en quantité sur les vieux chaumes morts des Graminées de la brousse, utilisés comme paille. La toiture des cases bambaras, les paillottes ont parfois, à distance, l’aspect gris noirâtre à cause du grand nombre de ces rouilles noires.
De Bama à Samandini, le terrain est bien plat, bien uniforme. Les pieds de oro prennent une grande importance par endroits. Ce sont de véritables arbres avec de gros troncs présentant de fortes croûtes de liège cendré, profondément fendu dans le sens de la longueur. Les feuilles de certains individus atteignent de grandes dimensions ; une forme a les feuilles glaucescentes, l’autre les a franchement vertes. Les Karités sont communs. Leur écorce est presque toujours profondément fendue dans le sens de la longueur. Les plaques allongées qui en résultent sont elles-mêmes divisées en rectangles par des échelons de bâtons transversaux, s’étendant seulement sur la longueur d’une plaque.
Le boy me montre un petit arbuste de 1 mètre de haut environ, appelé tomagny, dont les feuilles pilées se mangent dans le couscous. Je retrouve dans le lougan du village la Solanée de Bobo, qui croît, çà et là, au Sénégal et au Soudan. Les bambaras de Sono l’appellent sisé bansan. Les fruits sont d’un beau jaune[5]. Quelques baobabs existent dans le village. On met encore, pour assaisonner le couscous, les feuilles de gombadé, commun dans ce village.
A l’endroit où nous passons la Volta, elle est large de 8 à 10 mètres. Les bords en sont très escarpés et s’élèvent d’une dizaine de mètres au-dessus du niveau actuel de l’eau. Au milieu, le fleuve est profond de 2 ou 3 mètres. Le passage s’effectue sans difficultés, en bac, le cheval traversant à la nage. La Volta est ici remplie de caïmans. J’en fais rentrer plusieurs dans le lit du fleuve. Cette rivière est très poissonneuse. Les caïmans viennent jusqu’à l’endroit où passe le bac. Un porteur qui se baigne en voit un près de lui et retourne précipitamment sur le rivage. Nous campons dans la brousse au bord meme du fleuve. Je couche dehors. Le soir, de nombreux insectes viennent se faire prendre à la lampe. La nuit, une hyène vient rôder sur le bord du fleuve en face de nous.
Les rives du fleuve sont bordées de Cypéracées, de Graminées dont le pied baigne dans l’eau. Les bords, à pic, sont ombragés par de grands arbres, penchés la plupart vers le lit du fleuve et ordinairement enlacés par de grandes lianes. Ces arbres sont des bogos, Sterculiée à grandes feuilles ovales couvertes de pubescences. Je remarque aussi des buissons de crana, à fleurs blanches odorantes, la liane à pétiole ailé appelée bourou-mendé (Bobo-Dioulasso). Les autres plantes observées sont : le naforo-fila, Convolvulacée à grandes fleurs pourpres ; le tongou-cayogo, Cyperus commun dans les lougans ; la dama-téré, à petite fleur jaune gluante ; le foutougou, la petite Orchidée à fleurs blanches ou roses, à gros éperon court, obtus, au sommet d’un jaune d’or pointillé de pourpre à l’intérieur. Le oulaman sognia (Bobo-Dioulasso) est la grande Orchidée rencontrée à Fincolo. Elle est maintenant en fruits ; ses feuilles sont la plupart épanouies.
J’observe aussi le tacca de Samandini en fleurs non épanouies et un Mimosa à feuilles doublement composées, à fleurs blanches en grappes rameuses dressées ; c’est le sama-néré. Le sol où croissent toutes ces plantes, au bord de la Volta, est un terrain argileux, blanchâtre. Les grandes Graminées desséchées y sont communes, les feux de brousse n’ayant pas été mis là.
Au soir, un habitant de Samandini apporte plusieurs gros champignons (Boletus) et des fruits de dama-téré pour faire du dolo. Dans la nuit une tornade survenant, nous oblige à rentrer dans la cahutte en paille construite par le dernier convoi de la colonne du Minianka.