Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

Zamblara. — Tiédiana.

15 juin. — Nous partons à 6 heures. La route est assez monotone. Elle est occupée presque d’un bout à l’autre par d’anciens lougans où de maigres futaies ont repoussé. Çà et là seulement un nété, un ou un sanan à gros troncs dominent cette maigre végétation. Zamblara est entouré d’une tata. Les plants de doubalés ont repris au bord du chemin. Je remarque quelques cultures de Gossypium et d’Indigofera. Les bords de la route sont entièrement semés de fruits de douda et seulement de quelques karités. Je rencontre aussi, pour la première fois, le sié. L’Orchidée violette existe toujours ainsi que la petite Liliacée à fleur unique jaune. Je remarque quelques touffes seulement de Tacca. L’Aroïdée à fruits souterrains est commune. Au bord du chemin se trouvent plusieurs termitières coniques à nombreux clochetons ayant jusqu’à 4 et 5 mètres de haut. Elles sont éventrées ; l’intérieur est creux. La paroi en terre durcie a seulement 20 ou 30 centimètres d’épaisseur ; elle est très dure, difficile à démolir. De telles constructions doivent avoir des siècles d’existence. Hier, le lieutenant me faisait remarquer qu’on ne trouvait jamais de termitières de cette forme en voie de construction. Les insectes qui y sont actuellement logés seraient cantonnés seulement sur le sol de l’intérieur de la cavité. On ne remarque même pas de galeries montant à l’intérieur et à l’extérieur du dôme. Les galeries, s’il y en a, sont enfermées dans les murs proprement dits.

A Zamblara, il existe une case carrée (murs de 1 mètre 80 de haut) non couverte, remplie de tessons de calebasses. C’est la case grigri du dehors du village. Il y en avait une identique hier à Kaledougou.

Le campement à Tiédiana est très confortable, installé à l’ombre de magnifiques baobabs, actuellement en pleine floraison et dont quelques-uns ont une quinzaine de mètres de circonférence au tronc. Ces troncs présentent les aspects les plus variés ; les uns ont des contreforts à la base, analogues aux piliers des fromagers, les autres sont couverts de verrues de dimensions variables ; quelques-uns présentent des sortes de chancres sur leurs troncs ; beaucoup sont munis d’échelons enfoncés dans l’arbre et qui permettent aux habitants d’aller récolter les feuilles qui constituent ici la base de la sauce du couscous.

C’est aujourd’hui jour de marché. Il se tient sous un arbre en dehors du village. J’y remarque une certaine quantité de petit mil et de gros mil blanc, beaucoup de belles arachides. C’est la partie principale des produits apportés au marché. Elles se vendent 0 fr. 50 les 5 litres. L’arachide paraît réussir merveilleusement dans les territoires que j’ai parcourus depuis Bobo. Les jeunes pieds qui, dans beaucoup de lougans, commencent à fleurir, sont très vigoureux. A cette époque avancée de l’année où le mil fait défaut dans un grand nombre de villages après les semailles, on trouve encore à un prix raisonnable des arachides. Les autres produits observés sont : des feuilles de tabac en paquets, des graines de nété, des feuilles de da, des piments frais n’appartenant pas au petit foroto habituel, des calebasses de kounanguis, deux grands paniers de tubercules de diabéré (courouba), des fruits de saba (4 pour 5 cories) et de douda, des pois secs de soso, des tiga ni gouélé, des fibres de sibi pour raccommoder des calebasses (le raccommodeur travaille sur le marché), des poissons secs, quelques poulets, quelques écheveaux de laine, coloriés en rouge, venant de Bandiagou.

Dans les jardins, il y a en ce moment de jeunes pieds de n’goyo, de vieux troncs de tabac, quelques gans, un arbuste d’introduction européenne, couvert de fleurs et de fruits. Des ricins, en quantité, lèvent dans une partie inculte. Dans le village, je remarque quelques pieds de doubalés. Autour du village, la culture du manioc occupe une assez grande superficie. Presque partout, les terrains sont plantés de manioc et de rangs de tigani. Le mil est levé. Le village paraît riche. On apporte des œufs, du lait, des poulets en abondance. Les habitants mangent ici le baliman. Je trouve un petit bois où on en a déterré récemment une grande quantité. Diverses Ampélidées existent ici et commencent à pousser. Enfin, je trouve deux espèces de Dioscorées sauvages comestibles : le niambi ou diambi ou niami à longs rameaux latéraux étalés horizontalement, le fassaca à grandes feuilles, à rameaux latéraux courts. L’Aroïdée à fleurs souterraines est commune sous les arbres ainsi que le Tacca[6] qu’on ne récolte pas.

Dans l’intérieur du village, il y a plusieurs petites cases gris-gris fétiches. L’une d’elles sert à remiser les gris-gris du chef de village, liés avec une corde et suspendus dans l’espace. Une autre sert à trouver une femme pour le mariage.

Le garçon qui veut se marier vient, le soir, verser, dans la case à toit conique, par le sommet (recouvert en temps ordinaire par une calebasse renversée mais qui peut être retournée) du couscous ou du riz et s’en retourne persuadé que l’obtention d’une femme est ensuite chose facile.

Fig. 5. — Un Pterocarpus erinaceus au Soudan français.