Djenné.
Djenné est occupé par les Français depuis le 3 janvier 1893. La population de cette ville est très industrieuse et très intelligente. Les Diénékés étaient sous la domination des Toucouleurs. Le nombre des habitants est actuellement de dix mille. Ils sont très soumis, pacifiés et ils payent régulièrement l’impôt, surtout en cories. Djenné est la plus belle ville de tout le Soudan français. Toutes les constructions sont en terre, mais elles sont larges, spacieuses. Les maisons sont carrées ; elles ont presque toutes un étage (quelques-unes en ont deux) et possèdent des promenoirs en terrasse en dessus avec une sorte de parapet en terre. Ces maisons s’élèvent de 10 à 15 mètres au-dessus du sol. Quelques-unes ont le rez-de chaussée à 1 mètre au-dessous du niveau du sol. Les fenêtres sont rectangulaires. Il existe parfois (notamment au poste) de véritables cloîtres promenoirs cintrés au premier étage, où l’on est à l’abri du soleil une grande partie de la journée. Le poste est large, spacieux, extrêmement confortable avec de vastes bâtiments offrant une véritable architecture. Je remarque la salle à manger avec ses décorations en terre, ses niches destinées à recevoir de grands cierges en cire, placés dans des boîtes en fer-blanc.
Le palais du roi toucouleur Ahmadou est occupé aujourd’hui par les bureaux du cercle. J’ai visité également la maison où habita René Caillié ; la maison des passagers est extrêmement confortable. Dans la ville, il faut visiter le marché et la place qui précède le poste, plantée de nombreux doubalés déjà vigoureux, les ruines de l’ancienne mosquée, la mosquée actuelle, le cimetière européen récent où l’on voit une dizaines de tombes. Il est entouré de hauts murs ; les allées en sont bordées de bouteilles. Un monument élevé au centre porte les mots : Honneur et Patrie. Les tombes sont des tables en terre durcie avec une croix médiane couchée et une petite croix en fer à la tête. Les cimetières indigènes forment de petits groupes de quelques tombes dont les unes sont entourées d’un mur en terre peu élevé. Ces cimetières sont éparpillés dans la ville et tout autour sur les petits mamelons qui ne sont pas atteints par les eaux au moment de l’hivernage. On observe sur ces tombes des sortes de vases funéraires ayant la forme d’un tube un peu évasé au sommet. Elles sont munies d’ornements et s’élèvent à une hauteur de 40 à 50 centimètres au-dessus du sol.