Montagne de Goundam (Bankerré).
La montagne plus au nord s’appelle simplement Bancor. Les habitants de Goundam la nomment Bankorré, à proximité du village. Elle est située à 3 kilomètres au nord de Goundam et orientée du Sud au Nord. Son élévation est de 150 mètres environ au-dessus de la plaine sablonneuse couverte de dunes. Elle présente, vers l’Ouest, une échancrure près de laquelle se trouve le sommet. Le front de la colline, vers Goundam, se termine assez brusquement en falaise d’une largeur de 2 kilomètres environ. La pente en est assez raide, quoique interrompue par deux seuils à déclivité douce : l’un au pied de la colline, l’autre au sommet. Ce sommet est un plateau qui s’étend à perte de vue dans la direction du Nord, accidenté seulement, çà et là, par de gros blocs de grès. Vu de Goundam, le front de la montagne paraît dénudé, rougeâtre, semé seulement de petits buissons espacés, arrondis. Quand on arrive au pied, on voit que l’aspect rougeâtre est produit par un enchevêtrement de blocs de grès éboulés à angles tranchants, enchevêtrés sans ordre sur les flancs de la montagne et en rendant l’ascension pénible. Ces blocs qui ont ordinairement une grosseur double ou triple de la tête et qui atteignent quelquefois un volume de plusieurs mètres cubes, sont formés de grès compacts, durs, à grain fin sans galets, blancs ou veinés de rouge, parfois assez micacés. On n’y voit pas trace de fossiles, mais c’est un terrain probablement de même âge que les grès de Bammako. Parfois il s’y trouve, en outre, des paillettes d’un petit minéral noir qui donnent aux blocs l’aspect granitique. Nulle part je n’ai vu la roche en place. Il existe, autour de Goundam, des blocs de cette roche qui sont éboulés plus bas encore, par exemple ceux qui remplissent le fond du lit, visible à la saison sèche, du marigot de Goundam.
Au moment des grandes pluies, les eaux du marigot vont battre les pieds de la montagne, car j’ai trouvé là, en grande quantité, les coquilles nacrées d’un petit bivalve. Les buissons qui croissent sur les flancs de la colline sont des berré (Euphorbes) et des Albarcantegna (Commiphora africana Endl.). Les hiro, quoique très communs au pied, ne croissent pas sur les flancs. Les autres arbustes qu’on rencontre sur les flancs sont le querné, Capparis à fleur jaune, assez commun ; l’ashou ouar, Capparis à fleur jaune-vert, et l’ashou oueil, Capparis stérile, ces deux derniers peu communs ; le deligna, Acacia Senegal Willd. en pleine floraison, mais peu abondant ; l’Acacia Trentiniani, très voisin du précédent ; le mar doungouri, Cléome à belles fleurs jaunes.
On remarque encore, parmi les blocs, le bolla (Boucerosia tombuctuensis), Asclépiadée cactiforme en pleine floraison. Une petite plante, à fleurs jaunes et à feuilles trifoliolées, est très commune. Elle descend au pied de la montagne ainsi que 4 ou 5 Graminées très caractéristiques.
Du haut de la colline on jouit d’un magnifique panorama : au Sud, la plaine de Goundam et plus loin d’autres montagnes ; à l’Ouest, les montagnes et la trouée du Faguibine ; enfin, au Nord, le plateau très boisé et verdoyant qui s’étend aussi loin que la vue peut porter.
A Goundam, la végétation est en avance sur celle de Tombouctou. Cela tient certainement à la plus grande abondance de pluies tombées ici. Les kramkrams, dont les épis sont rares à Tombouctou, entrent ici en pleine floraison. Plusieurs autres plantes, dont je n’avais vu à Tombouctou que de vieux pieds de l’année dernière ou des germinations ou même de jeunes pieds levés aux premières pluies et desséchés ensuite, existent à Goundam en pleine floraison et en pleine végétation.
13 août. — A 4 ou 6 kilomètres de Goundam, on trouve l’emplacement de jardins de cultures qui avaient été choisis par le commandant du poste pour en faire une station d’essai. De très beaux cotonniers croissent à l’entrée du Télé. On traverse son lit dans toute sa longueur. Nos chevaux ont de l’herbe (bourgou ?) jusqu’au poitrail.
D’après les indigènes, le bourgou se recueille sur les bords du marigot de Goundam et sert à l’alimentation du bétail pendant une grande partie de l’année. Le Télé est complètement à sec en ce moment. Par places, on aperçoit de hautes végétations très verdoyantes et des prairies de hautes Graminées fourragères, puis on retombe sur des dunes littéralement couvertes de longues tiges de l’Ipomaea asarifolia Roem. et Schult. à larges corolles pourpres. On arrive au village de Fatatiama fort avant dans la nuit, après avoir traversé un terrain couvert de débris de rochers et de gros galets anguleux de grès blancs-rougeâtres. Le sol est entièrement couvert de ces blocs de pierre, aussi la traversée est-elle des plus difficiles. Par places, dans le lit du Télé, on voit des terres à riz préparées pour l’ensemencement. Il se fait deux récoltes par an. La première (blé ou mil) après le retrait des eaux ; la deuxième (riz), pendant l’inondation, c’est-à-dire de septembre à décembre.