Puits de Ras-El-Mâ
Ces puits sont situés à 1.500 mètres environ à l’ouest du Poste dans la direction du lac. Il en existe un assez grand nombre sans compter ceux qui se sont éboulés. On est obligé de les creuser constamment, les sables venant sans cesse s’y accumuler et menaçant de les obstruer. Il en est résulté, pour quelques-uns, des mares semblables à celles de Tombouctou, un peu moins larges, profondes de 7 à 8 mètres. L’eau qui s’y accumule durant la nuit est presque épuisée dans la journée, mais elle se renouvelle chaque nuit. Depuis que nous occupons ces puits, les caravanes maures et touaregs ne viennent plus s’y abreuver. Le niveau d’eau a beaucoup baissé depuis quelques années, celui du Faguibine ne s’élevant plus guère à l’hivernage. On attend avec impatience dans tout le pays une nouvelle période de grande inondation.
La coupe du terrain où sont situés ces puits est assez uniforme et atteste l’action alternant de l’activité des dépôts lacustres et des invasions sablonneuses désertiques. Sur le plus grand puits, dont les bords ont été fraîchement coupés, j’ai relevé la coupe suivante :
1o Couche de sables blancs mobiles (sables désertiques) de 0m 80. Ces sables sont constitués par des grains de quartz très fin, la plupart blancs, quelques-uns couleur rouille.
2o Sables jaunes terreux mêlés de nodules plus denses, parfois presque noirâtres (débris végétaux). Cette couche est épaisse de 0m 60 environ. En approchant de l’étage 3, cette assise présente un grand nombre de très minces couches d’argiles blanches d’un aspect feuilleté.
3o Couches d’argiles blanches compactes (kaolin) d’origine lacustre, épaisses de 0m 40 à 0m 60. Cette couche d’argiles blanches se retrouve, paraît-il, dans toute la région. Elle a du se déposer en eau très calme. Elle est utilisée pour faire le récrépissage intérieur des murs des cases.
4o Sables jaunes à aspect de loess, contenant encore des traces végétales, mais en moins grande quantité que la couche 2. Elle a une épaisseur de 0m 50 environ.
5o Couches de sables blancs désertiques mêlés de traces de sables jaunâtres (comme 4) avec des débris végétaux, ces traces étant disposées en couches minces, horizontales.
6o Couches de terres fortes argileuses, avec humus couleur gris cendré, couleur de terres franches) visible sur une épaisseur de 3 mètres environ. C’est le niveau d’eau des mares.
Il est important de noter les deux faits suivants :
A. Il n’existe pas de trace de fossiles dans aucune des couches mentionnées ci-dessus.
B. Il n’existe pas de galet, si petit qu’il soit, dans aucune couche. On trouve seulement dans les couches 2 et 4 des sortes de concrétions ferrugineuses encore tendres qui attestent que ce dépôt s’est effectué au bord des lacs, sur une plage alternativement mouillée et desséchée sous l’action d’une évaporation très rapide, l’eau abandonnant ainsi les particules minérales qu’elle tient en dépôt. Tous les bords du lac Faguibine que j’ai vus, ne présentaient comme masses solides que ces agglomérations ordinairement de la grosseur d’une noisette.
Je n’ai pas vu de blocs de pierres sur les bords du Faguibine. C’est le contraire qui existe dans le lac Télé dont le fond asséché contient de nombreuses traces de rochers tourmentés par les érosions, à angles vifs ; il est parfois jonché de gros galets à angles mousses comme aux environs du village de Falakana qui est bâti avec ces pierres. La surface du sable aux alentours du poste est habituellement jonchée de débris d’os récents (moutons, bœufs, ânes, chameaux) et des débris de la coquille indéterminée nacrée des bords du Faguibine.
Les environs du puits de Râs-el-Mâ sont assez herbeux, couverts de Graminées palustres, mais il n’y a pas trace d’arbres.
La Malvacée albasagna oura est la plante la plus abondante, celle du moins qui se fait remarquer par ses grosses touffes hautes de 0m 60 environ. Ces touffes deviennent très nombreuses à mesure qu’on avance vers le lac. Le jardin du poste de Râs-el-Mâ est situé à côté du puits. Il a été entièrement recouvert de paillassons en lanières de chaumes de mil formant claire-voie. Ces paillassons élevés de 1m 50 environ sont destinés à donner aux plantes un abri contre l’ardeur du soleil. J’ai vu, dans le jardin, de jeunes plants des légumes suivants qui sont très vigoureux et de belle apparence : aubergines, tomates, chicorée, radis, choux, épinards, navets, carottes. Il y a aussi deux ou trois beaux jeunes pieds de ricin.
Le sol étant du sable désertique absolument inerte, on a constitué la terre arable en malaxant dans un grand trou avec de la terre forte extraite du fonds des puits, avec du crottin de cheval et de mouton. Moyennant cet engrais, les légumes poussent bien. Autour même du poste, on trouve quelques plantes qui paraissent adventives : le cléome, la sésame à fleurs roses, la plante fournissant la potasse (du fort Nord de Tombouctou), quelques touffes de mil et de la Graminée à gros épis cylindriques cotonneux (très communs dans le Cayor). Les femmes des tirailleurs n’ont pas encore constitué de jardins indigènes.