1o Gassa (30 kilom.)
Au départ de Ras-el-Mâ, on traverse une plaine déboisée atteinte par les grandes inondations du Faguibine. Cette plaine est couverte de troncs de gommiers morts, à écorce dénudée. Ces arbres ont été tués par les feux de brousse allumés avec intention pour débroussailler afin de cultiver du mil. Ils n’ont pas été détruits par l’inondation de 1895, ainsi qu’on pourrait le croire. La plaine, qu’on traverse ensuite, est couverte de sables rougeâtres très fins, analogues à ceux qui ont été constatés dans la coupe des puits de Ras-el-Mâ. La végétation est très clairsemée. On aperçoit un Acacia tortilis Hayne tous les 50 mètres environ. Le Balanites et l’Acacia Senegal Willd. se trouvent encore ici, en pleine floraison. Ces plateaux de limons rouges, analogues aux plateaux de lœss de l’Europe, sont situés à une distance de 15-20 kilomètres de Ras-el-Mâ. On tombe ensuite dans une dépression qui paraît être une dépendance du petit Daouna. Les Hiros (Salvadora) apparaissent dans cette dépression. On y remarque aussi la Capparidée herbacée, Cleome de Goundam. Le fond de ce lac asséché est un sable blanchâtre très fin, avec petits galets rougeâtres, friables (argilo-ferrugineux). Le sol est jonché de quantités innombrables d’une Cérithe, à tel point que cette coquille forme parfois la surface totale du sol. Dorénavant, j’en observerai dans toute la traversée des Daouna. Elle sont spécialement abondantes près du point où nous campons au delà de Gassa. Cette dépression est limitée par de hautes dunes sur lesquelles on trouve des Acacia tortilis en pleine floraison, très abondants et dont quelques-uns ont de gros troncs (1 mètre et plus de circonférence). Ce sont bien de véritables arbres.
Après avoir franchi une dune de bordure à pic, nous tombons dans une dépression très étendue toute couverte de Cérithes. C’est le petit Daouna complètement à sec. Nous sommes là à 25 kilomètres environ du lac Faguibine.
Non loin du puits de Gassa, le sol se couvre d’une roche argilo-ferrugineuse qui affleure à la surface du sol ; elle est très légère et très tendre et se débite en petites plaquettes horizontales. Cette pierre feuilletée et très friable n’est autre chose que de la latérite constituée presque exclusivement par du sable et de formation toute récente, car elle paraît tapisser le fond du lac. Cependant elle ne contient jamais de coquilles.
Les puits de Gassa sont à sec, ce qui nous oblige à aller camper plus loin.
Le village est plutôt un ensemble de quelques mauvaises paillotes qui servent à abriter les caravanes et les troupeaux des environs. Nous campons à environ 6 kilomètres du village, près d’une dépression argileuse dans laquelle sont creusés 5 ou 6 puits dont l’eau est blanche. Aux environs, se trouvent quelques plantes adventices : Solanum très voisin, sinon identique au S. nigrum L., enfin une nouvelle espèce de reseda (R. Sudanica).
Les puits sont actuellement à 7 ou 8 mètres du niveau de l’eau ; la terre qu’ils traversent est une argile gris-cendrée riche en humus. Dans les déblais on remarque aussi l’argile blanche de Ras-el Mâ. La plaine argileuse est nue ; les arbres qui avoisinent les limites de la dune sont des hiros et des Acacia tortilis Hayne. Cette dune est entièrement jonchée de coquilles (Cérithes) avec de petits galets ferrugineux de la grosseur d’un noyau de cerise.