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Classiquesen Ligne

De Gassa à Niodougou par Zinguette.

Le départ a lieu vers 8 heures du soir par un beau clair de lune. Pendant 8 ou 10 kilomètres nous traversons le fond du lit du grand Daouna. Au delà des puits, nous traversons de vieilles cultures de mil, puis de vastes espaces qui ont été cultivés en blé l’année précédente.

Le fond du lac est toujours semé de petites coquilles (Cérithes). Il est presque partout à sec ; çà et là seulement de petites flaques d’eau se sont formées à la suite des dernières pluies. On ne voit pas d’arbres ; les seuls végétaux ligneux de cette région sont les Touri-Touri, sorte de Vernonia, haut de 1 m. 50.

Avant notre arrivée à la première étape, le sol est jonché de blocs de grès affleurant à la surface du sol, de 3 à 5 mètres de haut, ayant des formes étranges (champignons, etc.). Ces rochers se continuent jusqu’à Zinguette. Ils sont formés d’un grès blanc, dont la nuit m’empêche d’apercevoir la stratification.

Au delà de Zinguette, l’aspect du pays change complètement. Le terrain devient caillouteux par places. Ailleurs, le sol est argileux et marécageux.

Dans les nombreuses mares d’hivernage, peuplées de grenouilles, on trouve quelques types ligneux nouveaux. C’est le commencement de la nouvelle zone botanique. Sous l’influence de l’humidité de cette région, plusieurs serpents se glissent dans le sentier. Ils sont gris-cendrés et possèdent de petites écailles saillantes, plus pâles en dessus ; en dessous de larges plaques blanc-jaunes s’étendent d’un bout à l’autre du corps. La queue se termine en pointe brusquement. Ce serpent s’appelle Tamanin n’colo (en songhaï), Fonfoni (en bambara). Un indigène dit que quand on est mordu on n’a pas le temps d’appeler.

Après une heure environ de traversée, au delà de Zinguette, nous sortons des marais. Nous montons une falaise et pendant plusieurs heures, nous traversons une dune tantôt à sables mobiles, tantôt avec petits cailloutis. Ces dunes constituent une véritable forêt de berré (Euphorbia balsamifera Ait.) et d’albarcanté (Commiphora africana Endl.). Ces derniers arbres atteignent des proportions considérables. Quelques-uns ont bien 1 mètre de circonférence et 7 ou 8 mètres de hauteur.

Au campement, où nous arrivons vers 2 heures du matin, on entend dans la nuit les rugissements des lions, des chacals et des hyènes. Des porteurs nous font remarquer aussi des empreintes de pas de girafes. Après un court repos, nous nous mettons en route au matin dès la première heure. La végétation est maintenant bien différente. Ce n’est plus la flore saharienne, mais la flore du Soudan. C’est toujours une forêt d’Euphorbes et d’albarcantés, mais au pied croissent quantité de plantes herbacées nouvelles. Comme arbre, c’est le petit Pterocarpus de Bakel à fleurs jaunes, actuellement chargé de petites gousses nummulaires d’un vert tendre et lisses. C’est en somme la végétation de la région de Kayes que nous retrouvons là ; le Guiera senegalensis Lamk. y fait son apparition. La route est pittoresque, encaissée entre deux chaînes de montagnes alignées du Nord au Sud. Ces montagnes sont formées de grès fins compacts et de grès avec gros grains de quartz. Certains bancs sont riches en fer oxydé ; aussi, à leur base, les latérites ferrugineuses compactes font leur apparition. Le minerai de fer est d’ailleurs l’objet d’une exploitation de la part des indigènes et plusieurs hauts fourneaux existent entre le lac Horo et Sompi. Le fer de ces régions est exporté au loin dans le Sahara par les caravanes de Maures.

Les pluies abondantes qui nous surprirent après Niodougou m’empêchèrent de tenir ces notes à jour. Nous étions d’ailleurs complètement sortis de la zone subdésertique et entrés dans la zone soudanaise. Les grosses touffes de l’Andropogon à vétiver jalonnaient les dépressions de leurs chaumes graciles, et en beaucoup d’endroits la base de leurs feuilles commençait à être inondée. Çà et là quelques touffes de Nauclea inermis Baillon et de Crossopteryx febrifuga Benth., marquent les lieux qui sont atteints par les eaux à l’époque de la crue. Les terrains surélevés environnants portent au contraire de grands albarcantés formant de véritables arbres. Quelques-uns, ordinairement les plus souffrants, ou ceux dont le tronc a été endommagé, portent quelques larmes de résine.

Enfin, à quelques kilomètres de Sompi, on trouve les premiers rôniers qui se distinguent immédiatement des doums aperçus depuis Niodougou.