Né en 1694 à Venise, issu d'une des plus anciennes familles patriciennes de la République, qui avait même donné un sultan à l'Empire ottoman au XVIe siècle, Giorgio Baffo mène une carrière de magistrat et de sénateur vénitien tout en composant, en dialecte vénitien, une abondante œuvre de sonnets érotiques dédiés « aux hommes et aux femmes qui aiment rire et savent regarder les choses du bon côté ». Craignant les inquisiteurs de la République, il ne publie jamais ces textes sous son propre nom de son vivant ; ce n'est que trois ans après sa mort que des amis en publient un recueil de près de deux cents pièces, suivi d'une édition bien plus complète en 1789 grâce à l'admiration que lui porte lord Pembroke. Son contemporain Casanova le qualifie de « génie sublime, poète le plus lubrique du genre, mais grand et unique », tandis qu'Apollinaire, l'un de ses rares admirateurs français, écrira qu'on ne peut imaginer sans lui toute la décadence sensuelle de la Sérénissime République. Il meurt en 1768.