Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, naît en 1689 près de Bordeaux dans une famille de noblesse de robe, et hérite très jeune de la charge de président à mortier du parlement de Bordeaux, fonction judiciaire prestigieuse qu'il revend cependant après quelques années pour se consacrer entièrement à ses recherches philosophiques et à de longs voyages d'observation à travers l'Europe. Sa première œuvre marquante, Les Lettres persanes, publiée anonymement en 1721, développe avec un art consommé de l'ironie et du regard décentré le procédé du regard étranger porté sur la société française, à travers la correspondance fictive de deux voyageurs persans, Usbek et Rica, dont l'incompréhension feinte des mœurs et des institutions parisiennes permet à Montesquieu de livrer une satire sociale et politique mordante de la société française de la Régence, tout en abordant, à travers le harem d'Usbek resté en Perse, des questions plus profondes sur le despotisme et la condition féminine. Son ouvrage le plus considérable, De l'Esprit des lois, publié en 1748 après près de vingt années de recherches comparatives approfondies sur les systèmes juridiques et politiques de multiples civilisations à travers l'histoire, développe une théorie politique fondatrice de la séparation des pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire, comme condition nécessaire pour prévenir tout despotisme et garantir la liberté politique des citoyens, théorie qui influencera directement et durablement les rédacteurs de la Constitution américaine ainsi que l'ensemble du constitutionnalisme libéral occidental moderne. Montesquieu y développe également une réflexion novatrice sur l'influence du climat, de la géographie et des mœurs sur la diversité légitime des systèmes politiques et juridiques selon les nations, refusant l'idée d'un modèle politique universel unique applicable indistinctement à toutes les sociétés humaines. Élu à l'Académie française en 1728 malgré une résistance initiale du pouvoir royal inquiet du contenu satirique de ses Lettres persanes, Montesquieu meurt en 1755, laissant en héritage une théorie de la séparation des pouvoirs devenue depuis un pilier fondamental de toutes les démocraties constitutionnelles modernes.