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Classiquesen Ligne

IX

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Le nègre regarda autour de lui. Rien que les trois hommes et la porte bien fermée !

— Vous me jurez que vous me lâcherez, et que vous me donnerez dix mille dollars ? dit-il.

— Tu as ma parole !… Parle !

— Eh bien, il y a quatre jours, un monsieur dont je ne sais pas le nom est venu me trouver à la taverne…

— Allons, dis son nom, tu le sais, ou gare !

— C’est M. Limerick : j’ai travaillé longtemps chez lui aux abattoirs de Chicago !

« … Il me proposa d’enlever mistress Strickley et de la cacher jusqu’à ce qu’elle mourût ; il me donna deux mille dollars : j’en ai dû donner cinq cents à Bob… Mais M. Limerick devait me verser encore deux mille autres à la mort de mistress Strickley…

— Et pourquoi ne l’as-tu pas tuée tout de suite, alors ?

— J’avais peur que cela ne plût pas à Bob qui m’aurais demandé encore de l’argent !… Je comptais bien qu’elle mourrait toute seule !

— Tu es pratique !… On va t’apporter du whisky et un matelas. Comme je te l’ai promis… je te lâcherai le plus tôt possible, et te donnerai dix mille dollars !…

Ainsi John Strobbins avait deviné juste : l’enlèvement de mistress Strickley était l’œuvre d’un des trois héritiers !… Assurons-nous de celui-là, pensa-t-il… pendant ce temps, je serai tranquille de son côté. Je pourrai m’occuper des autres et parviendrai à connaître quel est celui qui a envoyé miss Gladden en prison !

John Strobbins, laissant Reno et Marshall s’occuper du prisonnier, monta dans son cabinet de travail et alla s’asseoir devant sa machine à écrire. Il confectionna sur-le-champ deux lettres non signées, qui allèrent avertir Samuel Strong, directeur du World’s Herald, et William Obbes, attorney général, de la disparition de mistress Strickley et accusèrent nettement Arnold Limerick de ce crime.

John Strobbins agissait ainsi dans le but de savoir si Strong et Obbes étaient d’accord avec Limerick. L’article du World’s Herald et l’arrestation de Limerick le convainquirent que ce dernier avait agi seul.

Le détective-cambrioleur écrivit alors au Morning Daily News, journal ennemi du World’s Herald, une lettre dans laquelle il accusait Obbes, cohéritier de Limerick, d’arrestation arbitraire : aucune charge n’ayant pu être relevée contre celui-ci, le Morning Daily News inséra l’article, qui eut pour résultat la mise en liberté d’Arnold Limerick. Celui-ci trouva à son retour à l’usine la lettre écrite par Strobbins, dans laquelle « un ami » lui affirmait qu’il avait été arrêté à l’instigation de William Obbes.

Strobbins espérait voir les trois cousins se jeter les uns sur les autres et profiter de leurs dissensions pour connaître l’instigateur du crime dont était accusée sa fiancée, miss Gladden.

En attendant, il ne perdit pas son temps, et, afin de faire surveiller Limerick, expédia deux de ses hommes, Marshall et Gordon, à Chicago où ils se firent embaucher dans la fabrique de conserves du directeur de l’American Meat.

Cette précaution prise, Strobbins partit pour Washington. Ce fut lui qui sous le nom de Joe Bénédict, boxeur à Denver, rendit visite à William Obbes, visite qui lui permit de prendre l’empreinte des serrures du cabinet de l’attorney général.

La nuit suivante, John Strobbins, vêtu de l’uniforme réglementaire des gardiens du palais, pénétrait tranquillement au moyen des clés qu’il avait fait faire dans la journée, dans le cabinet du magistrat.

Après deux heures de recherches infructueuses, il allait se retirer bredouille, lorsque son regard fut attiré par un morceau de papier jeté sous un meuble. Par acquit de conscience, il le regarda. C’était une feuille de bloc-notes sur laquelle avaient été jetés ces mots au crayon : Écrire à L . T. à N. O.

John Strobbins avait dans la tête, syllabe par syllabe, la lettre de miss Gladden : Luke Thomas à New-OrléansL. T. à N. O. signifiaient cela… c’était certain !

Miss Gladden était la victime d’Obbes ! Plus de doute ! Mais il fallait le prouver. Le fiancé de Charlotte Gladden s’en chargeait !

Tout joyeux, il arrêta ses investigations, et, après avoir soigneusement fermé la porte, sortit sans être inquiété.

Le lendemain, il ne quitta pas le palais de Justice, anxieux de voir le résultat de la lettre qu’il avait écrite à Limerick…

Il eut en effet la joie de voir le directeur de l’American Meat, les yeux brillants, les pommettes rouges, arriver et passer à l’huissier sa carte pour être introduit chez l’attorney général.

À vrai dire, la surprise de John Strobbins fut grande, lorsque, une heure plus tard, il vit Arnold Limerick ressortir de l’antichambre de William Obbes, la physionomie satisfaite… Que pouvaient s’être dit les deux hommes ?

Strobbins se le demanda tout en suivant Limerick dont l’allure l’intriguait. Il le vit se diriger vers la gare, et parvint à le rejoindre au moment où il prenait un billet pour New-York, ville où habitait Samuel Strong !

John Strobbins prit un billet semblable, lui aussi, et, arrivé à New-York, fila Limerick jusqu’à chez Samuel Strong. Après une heure de faction qui lui sembla interminable, il eut la joie de voir les deux hommes sortir ensemble ! Que voulait dire tout cela ?

Les trois cousins étaient-ils donc des alliés maintenant ?

À la suite de Limerick et de Strong, John Strobbins arriva dans la gare du Pacific Central Railway où ils prirent un billet pour Chicago.

John Strobbins en savait assez. Il se précipita au bureau du télégraphe et avertit Gordon et Marshall de l’arrivée de Limerick et de Strong en les avisant de l’heure d’arrivée du train dans lequel ils s’embarquaient.

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Gordon et Marshall se trouvèrent au rendez-vous. Ils suivirent les deux cousins à leur arrivée à Chicago et furent ainsi témoins de l’assassinat de Samuel Strong que Limerick précipita dans une cuve à saindoux. Ce furent eux qui firent arrêter le directeur de l’American Meat.

Cependant, John Strobbins était parti pour New-Orléans, afin d’assister aux débats du procès de Charlotte Gladden.

Sur son ordre, Gordon et Marshall, dont la présence était inutile à Chicago, vinrent le rejoindre.

John Strobbins ne fût pas du tout étonné lorsque, en entrant dans la salle des assises où devait être jugée sa fiancée, il reconnut William Obbes, affublé d’une robe d’avocat.

John Strobbins espérait bien que l’attorney général viendrait assister au procès de sa victime : aussi avait-il pris ses dispositions en conséquence.

Il avait fait acheter à Reno une cabane de paysan au milieu des plaines de la Louisiane, et celui-ci attendait à Canton avec un puissant automobile les ordres de Strobbins.

Le procès terminé, le détective-cambrioleur alla à la prison, eut un entretien rapide avec un gardien qu’il chargea, moyennant cent dollars, de donner de l’espoir à Charlotte. Il rejoignit ensuite Gordon, et Marshall qui n’avaient pas cessé de surveiller William Obbes, et en leur compagnie suivit l’attorney général à la gare d’où il télégraphia à Reno de se tenir prêt.

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William Obbes, une fois pris, ce fut John Strobbins lui-même qui l’interrogea. On l’a vu, le détective-cambrioleur, pour avoir fréquenté de nombreux juges d’instruction, connaissait la manière.

L’attorney général dut avouer et il avoua plus qu’il ne voulait.

Muni de ces aveux, John Strobbins, s’étant fait mener dans l’automobile par Reno à la gare la plus proche, prit le premier train pour Washington. Le temps pressait.